Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Catégories

Archives

Publié par YVAN BALCHOY

 

 

 

RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

Rechercher

 



28 juin 2018

14 

Luttes de classes, émancipation nationale et politiques territoriales.

Georges GASTAUD

Pour critiquer l’ « alter-européisme » et introduire un point de vue relativiste[1] en stratégie (géo-)politique Par Georges Gastaud, auteur notamment de Lumières communes (Delga 2016) et du Nouveau défi léniniste (Delga, 2017) 17 juin 2018

Rectifiant sur ce point Newton, qui faisait de l’espace et du temps des invariants indifférents aux corps physiques et à leur mouvement, Einstein a montré au début du 20ème siècle que la mesure de l’espace-temps est objectivement relative à celle du mouvement des corps (Relativité restreinte). Liant ensuite organiquement l’espace à la masse des corps et repensant de fond en comble le concept newtonien d’attraction universelle, l’inventeur de la Relativité générale a ensuite établi que l’organisation géométrique de l’univers est relative à la répartition des masses qui s’y trouvent, ce qui ouvre à une conception dynamique de l’histoire cosmique. Ce faisant, Einstein a mis fin à la confusion courante entre relativité objective (celle-ci est un mode de fonctionnement matériellement déterminé de la nature) et relativisme (l’idée platement subjectiviste qu’il n’y a pas de vérité universelle vu que chacun voit midi à sa porte). La Relativité constitue ainsi une avancée dia-matérialiste majeure dans le domaine des sciences cosmo-physiques puisque désormais, on ne peut plus penser séparément « la matière », « l’espace » et « le temps » comme c’était possible avant Einstein[2] : comme l’a proposé le physicien Gilles Cohen-Tannoudji, la physique fondamentale traite plutôt désormais de la « matière-espace-temps ». Ainsi le monde matériel ne saurait-il être pensé séparément de sa configuration spatiale et de son devenir temporel, et symétriquement, le temps et l’espace ne peuvent plus être posés par les physiciens a priori, « métaphysiquement » comme eût dit Engels ; c’est ce qu’atteste l’histoire de la cosmologie moderne, des anticipations fulgurantes de Georges Lemaître, le vrai père de la cosmogonie moderne, aux actuels travaux de topologie cosmique illustrés notamment par Jean-Pierre Luminet.

Or, malgré les efforts pionniers de Lénine[3] et d’autres analystes marxistes, cette révolution einsteinienne du mode de penser est loin d’avoir vraiment touché la pensée politique et géopolitique. Pour preuve l’illusion alter-européiste, cette variante régionale de l’alter-mondialisme qui prétend transformer « l’Europe » au profit des « classes populaires »[4] tout en respectant religieusement les limites et le cadre institutionnel de l’Union européenne[5]. Ou qui s’imagine modifier « la » mondialisation capitaliste du dedans comme s’il existait « un » monde politique unique, indifférent à son utilisation capitaliste ou socialiste et indépendamment des configurations géopolitiques mouvantes et contradictoires que dessine notamment l’actuel mixte étatsunien de protectionnisme agressif et de libre-échangisme débridé. La plupart des tenants de cette approche proprement métaphysique de la géopolitique refusent également de remettre en cause le découpage de la France en euro-régions à l’allemande ou en super-métropoles » dévorantes (Grand Paris, Grand Lyon...) et prétendent investir tel quel ce cadre territorial et institutionnel hautement toxique pour mener à bien le changement progressiste qu’ils promettent. Il s’agit là en somme, sur le terrain politique et géopolitique, d’une illusion de type newtonien, plus exactement, de type métaphysique au sens que Newton lui-même[6], Hegel puis Engels donnèrent tour à ce qualificatif (en l’opposant au mode de penser dialectique) : le fourvoiement méthodologique principal que comporte ce mode de penser est alors de détacher arbitrairement la territorialité institutionnelle du contenu de classe politique en rabattant, ou plutôt, en croyant rabattre, de manière inconsciemment naturaliste, la géographie humaine sur la géographie physique[7]. Or, de même que les dynamiques cosmo-physiques ne fonctionnent pas indépendamment de leurs cadres géométriques et spatio-temporels, lesquels sont en retour modifiés, voire bouleversés par les dynamiques matérielles qui les reconfigurent sans cesse, de même les dynamiques géopolitiques ne fonctionnent-elles pas dans l’abstrait, indépendamment des cadres territoriaux qui les conditionnent (ou qui les brisent !) et qu’en retour, elles modifient, voire qu’elles bouleversent[8]. Bref, c’est faire injure à la géographie humaine, souvent travestie en pure et simple géographie « physique », que de prétendre concevoir les processus historiques comme autant d’habillages successifs des mêmes territorialités successivement dévolues à l’alternance des souverainetés politiques (nationales et/ou de classes). Et sur le plan pratico-politique, c’est mener les classes populaires à la déroute que de leur faire croire que l’on peut « réorienter l’Europe dans un sens progressiste » dans le cadre territorial et institutionnel hautement précontraint de l’UE en marche vers ce que le MEDEF, qui appelle cet « élargissement » de ses vœux, nomme l’ « Union transatlantique » (« CETA », « TAFTA », montée en gamme et en puissance de l’OTAN, etc.).

Si, pour résumer notre thèse, la territorialité institutionnelle n’est pas politiquement neutre et indifférente aux orientations politiques de classes, il s’ensuit que, pour donner de l’air à l’éventuel changement anticapitaliste, il faut changer d’aire sur les plans territorial et institutionnel ; et cela imposerait à une future France Franchement Insoumise (FFI) de rompre sans ambages avec l’euro-UE-OTAN en repensant théoriquement et en déplaçant pratiquement les bornes de la future territorialité du changement révolutionnaire à venir, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Hexagone. En conséquence, donner de l’air à la France, changer d’ère en Europe, rompre le cycle contre-révolutionnaire qui domine la planète et l’Europe depuis les années quatre-vingts, tout imposera tôt ou tard de changer d’aire sur le plan politico-territorial.

I –Lénine, penseur et praticien de la territorialité (contre-)révolutionnaire

« En régime capitaliste, les Etats-Unis d’Europe ne peuvent être qu’utopiques ou réactionnaires » (Lénine)

Il est stimulant pour commencer de mettre en parallèle deux champs de réflexion de Lénine, ce subtil penseur et praticien des dialectiques de la nature, de l’histoire et de la connaissance. En 1908, pour contrer le nouvel idéalisme épistémologique et le révisionnisme idéologique que suscitait la révolution en cours des sciences physiques, Lénine s’intéressa de près aux mutations scientifiques de la physique et c’est à cette fin qu’il publia son livre Matérialisme et empiriocriticisme. A l’encontre de certains physiciens d’alors (Ostwald, Mach, Poincaré) que tentaient l’immatérialisme et l’idéalisme, Lénine établit que « l’électron est aussi inépuisable que l’atome » et que la physique moderne n’invalide pas le matérialisme : elle circonscrit le matérialisme mécaniste classique et s’ouvre à des formes nouvelles de conceptualisation dia-matérialiste. Bref, comme le disait déjà Engels, « à chaque découverte faisant époque, le matérialisme doit changer de forme ». Matérialisme et empiriocriticisme souligne aussi les liens dia-matérialistes du temps, de l’espace et de la matière en combattant l’approche métaphysique et isolationniste de ces catégories dont il dessine une approche plus large et plus dynamique. Puisqu’ « il n’existe pas plus de mouvement sans matière qu’il n’existe de matière sans mouvement » (Engels), puisque l’espace et le temps sont des dimensions du changement matériel et non des êtres séparés, la matière ne doit pas se concevoir comme une masse inerte et amorphe que Dieu inscrirait a posteriori dans le cadre cristallin de l’espace et du temps ; foin des abstractions métaphysiques, il faut penser dialectiquement, dynamiquement, concrètement, les dialectiques spatio-temporelles de l’univers matériel en mouvement. Bref, comme le dira par ailleurs le fondateur de l’Internationale communiste, « la vérité est toujours concrète ».

Quelques années plus tard, alors que la première guerre impérialiste mondiale de 1914-18 fait rage, Lénine se heurte à Trotski et aux théoriciens de la Deuxième Internationale qui s’imaginent tenir en respect l’impérialisme et marcher vers la paix mondiale en substituant à l’Europe des Etats-nations impérialistes des « Etats-Unis d’Europe », voire, pour gauchir le propos, des « Etats-Unis socialistes d’Europe ». En réalité, montre Lénine, l’impérialisme ne peut pas s’unifier durablement car il est, entre autres, régi par la loi du développement inégal, du repartage périodique et violent du monde en mouvantes sphères d’influence inséparables de l’exportation massive des capitaux qui forme le cœur du capitalisme-impérialisme ; si bien que le prétendu « nouveau » stade impérialiste absolutisé de l « hyper-impérialisme », que célébraient alors à divers degrés Kautsky et Hilferding[9] est en réalité sapé et ébranlé en longue période par les violentes rivalités inter-impérialistes qui poussent aux affrontements guerriers, les « paix » impérialistes (Pax britannica, Pax germanica, Pax americana...) ne pouvant être que des parenthèses dans l’histoire structurellement belliqueuse de l’impérialisme : ses tendances lourdes le conduisant en effet nécessairement, soit à des chocs guerriers inter-impérialistes, soit à des ententes précaires entre pays impérialistes rivaux pour attaquer ensemble (avant de se diviser à nouveau...) des pays ou des blocs de pays plus faibles, dominés ou carrément (re-) colonisés...

 

Vous pouvez lire l'article intégral à l'adresse suivante

https://www.legrandsoir.info/luttes-de-classes-emancipation-nationale-et-politiques-territoriales.html

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article