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Publié par YVAN BALCHOY

 

Constats

Un. La Belgique condamnée pour le manque de solutions d’accueil des personnes handicapées de grande dépendance.

La part des élèves inscrits dans l’enseignement primaire spécialisé en Communauté française de Belgique tourne autour de 5 %. En juillet 2013, le Comité européen des droits sociaux a publié une condamnation sévère de l’État belge et de ses entités fédérées pour leur manque de solutions d’accueil des personnes handicapées de grande dépendance. Près de 74 000 personnes seraient concernées, selon les associations qui ont introduit la plainte.

 

Deux. Le chiffre des personnes handicapées en attente d’une solution adaptée n’est même pas connu en Wallonie.

Le document du Comité européen des droits sociaux mentionne les promesses des différents gouvernements suite à cette plainte. Le gouvernement wallon promettait… d’établir une liste d’attente centrale pour au moins être en mesure d’estimer les besoins.

En Flandre, plus de 20 000 personnes handicapées sont en attente d’une solution adaptée (place dans une institution, un logement protégé, un centre de jour… budget d’assistance personnalisé, services de soins à domicile…), la plupart depuis plusieurs années. En Wallonie et à Bruxelles, le chiffre n’est même pas connu ! L’établissement d’une liste centrale est promis pour… 2014.

En Wallonie le nombre de demandeurs d’aide à l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph) a progressé d’un gros tiers en cinq ans : de 15 000 en 2005 à plus de 20 000 en 2010. « De manière générale, des places manquent pour des personnes handicapées en Wallonie », convient la ministre wallonne Éliane Tillieux (PS).

 

Trois. 110 000 personnes en attente d’une prise en charge adaptée des personnes atteintes d’autisme en Belgique.

Le 27 janvier 2014, un collectif d’associations a introduit auprès de la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx, un cahier de revendications dénonçant l’absence de prise en charge adaptée des personnes atteintes d’autisme en Belgique. On estime à 110 000 le nombre de personnes concernées.

 

Quatre. Le manque de solutions mène souvent les personnes handicapées et leurs familles dans la précarité.

Tous ces chiffres donnent une idée de l’ampleur d’un problème que beaucoup ne découvrent que s’ils sont directement concernés. Pourtant, non seulement les personnes atteintes d’un handicap sont dans la plupart des cas fragilisées par ce fait même, elles le sont aussi parce que leurs revenus (allocation ou salaire dans un atelier protégé…) sont trop faibles et parce que dans un nombre important de cas elles ont besoin d’aide pour accomplir les tâches les plus simples de la vie quotidienne. Or, le nombre de places en institution ainsi que les autres formes d’aide ou de prise en charge sont largement insuffisants, avec comme résultat que beaucoup de parents, surtout les mères, sont obligés d’arrêter de travailler pour se consacrer à temps plein à leur enfant. Conséquence : moins de rentrées financières ou, particulièrement lorsqu’il s’agit de familles monoparentales, comme c’est souvent le cas, carrément la précarité.

 

Cinq. L’austérité touche aussi le secteur des personnes handicapées.

La Belgique est un des pays les plus riches de la planète. Et pourtant, invariablement, lorsque les associations représentant les personnes avec handicap revendiquent ne fût-ce que l’application des résolutions de l’ONU ou de la Charte sociale européenne, elles reçoivent la réponse : « il n’y a pas d’argent ». Les parents des personnes avec handicap de grande dépendance sont désespérés de trouver des places pour leurs enfants qui vont devenir adultes. Souvent ce sont des parents eux-mêmes qui doivent créer des services pour leurs enfants handicapés. La situation est comparable sur cet aspect à celle du secteur des logements sociaux. Les parents s’inscrivent sur des listes dans les différents centres qui existent en Belgique et ils patientent.

Le budget de la Région wallonne pour l’Awiph, l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées, a atteint 581 millions en 2013. Avec ses recettes propres, le budget de l’Awiph dépasse les 650 millions par an. Elle était le seul organisme ou service administratif régional à bénéficier toujours d’une dotation indexée.

Mais même là, l’austérité décidée par les partis au pouvoir a frappé. Le comité de gestion de l’Awiph, à la demande du gouvernement wallon, a proposé pour 2014, une réduction linéaire de 1,25 % des subventions allouées aux institutions agréées, soit 5,4 millions d’euros. Sous la pression des organisations et des travailleurs du secteur, cette mesure a finalement été abandonnée, mais pour 2014 seulement. Et des pistes alternatives d’économies ont été imposées. L’Awiph devra revoir à la baisse son plan de recrutement en termes de personnel et un gel des régularisations est prévu en 2014 notamment pour les personnes en situation de handicap B et C.

L’inquiétude subsiste quant à l’après 25 mai avec des restrictions budgétaires qui touchent à la totalité des services. Elles visent aussi l’aide à l’emploi et l’aide individuelle (aide matérielle au profit des personnes) qui favorisent l’autonomie et le maintien des personnes handicapées au domicile. Ce sont 20 000 travailleurs (14 500 équivalents temps plein) qui permettent d’apporter de l’aide à 35 689 personnes bénéficiaires qui sont visés.

 

Six. Une politique du handicap éparpillée par la régionalisation : complexe et inefficace.

Le fait que la politique belge en matière de handicap soit fragmentée et éparpillée de façon désespérante, d’une complexité rare, ajoute encore aux difficultés. Les citoyens doivent avoir une très bonne connaissance de la manière dont sont réparties les compétences entre les différents niveaux de pouvoir afin d’identifier le bon interlocuteur. Cela a un effet néfaste pour tous les citoyens, y compris pour les citoyens en situation de handicap, qui doivent s’adresser à nombre d’administrations ou services différents selon leurs besoins spécifiques. Au sein même de la Belgique, les personnes handicapées et leurs familles rencontrent régulièrement des obstacles à leur libre circulation, si elles veulent se déplacer d’une Région à une autre, et ne peuvent avoir accès à certains services selon les mêmes conditions que leurs concitoyens domiciliés dans la Région où elles se rendent. Si une Région ne fournit pas un service donné, la personne handicapée ne peut pas bénéficier de ce service fourni par une autre Région lorsque cela n’est pas prévu par un accord de coopération. Tout ce qui concerne la Sécurité sociale (le revenu ordinaire de la personne handicapée) est du ressort du gouvernement fédéral. Les allocations familiales augmentées seront bientôt du ressort des Régions. Les mesures de soutien spécifiques (en nature ou sous forme de budget d’assistance personnel) sont du ressort des Régions. Le remboursement des fauteuils roulants peut être fédéral ou régional… La structure compliquée de l’État belge forme déjà un obstacle pour une protection sociale efficace et conduit à des situations tragiques et absurdes. Une refédéralisation est plus que nécessaire.

 

La vision du PTB-go!

N’est-il pas temps de partir des besoins plutôt que des budgets ? De la demande plutôt que de l’offre ? Ne doit-on pas arrêter de considérer les personnes handicapées comme des citoyens de seconde zone, qui doivent mendier pour faire reconnaître leurs droits ? Le secteur a besoin de plus de moyens et non pas de restrictions budgétaires qui touchent à la totalité des services, elles visent aussi l’aide à l’emploi et l’aide individuelle (aide matérielle au profit des personnes) qui favorisent l’autonomie et le maintien des personnes handicapées au domicile. Ce sont 20 000 travailleurs (14 500 équivalents temps plein) qui permettent d’apporter de l’aide à 35 689 personnes bénéficiaires. Ils méritent le respect.

 

La question de l’accueil des personnes handicapées est bien entendu transversale à toute une série de compétences pour lesquelles les régions et les communautés ont actuellement des responsabilités :

Logement. La Région doit veiller à ce qu’un pourcentage des logements publics, en particulier les nouveaux logements publics, soit construit de manière adéquate pour accueillir des personnes handicapées. Elle doit aussi veiller à ce que ces logements leur soient bien attribués. Pour permettre aux personnes handicapées de rendre visite à leur famille et à leurs amis, bref d’avoir une véritable insertion sociale, tous les nouveaux logements doivent être accessibles aux personnes en fauteuil roulant.

La région doit également prévoir la création de logements communautaires pour des personnes handicapées de grande dépendance.

Emploi. La Communauté française doit renforcer le personnel d’encadrement des personnes handicapées, en particulier pour les logements communautaires pour des personnes handicapées de grande dépendance. Elle doit former des auxiliaires de vie scolaire pour l’accompagnement d’élèves handicapés dans l’enseignement ordinaire.

Les gouvernements (fédéral et régional) doivent également appliquer à la lettre les quotas d’emploi de personnes handicapées.

Enseignement. Chaque fois que cela est nécessaire, il faut mettre sur pied des classes « inclusives » où enfants handicapés ou non pourraient évoluer ensemble. Une condition pour que cela soit possible est que ces classes comptent un nombre limité d’élèves.

Il faut créer, pour les cas où des troubles de comportement rendent la présence d’un(e) élève handicapé(e) trop perturbante, des centres spécialisés qui peuvent prendre en charge l’élève pendant un temps limité dans le but de le remettre dans l’école d’origine dès que possible.

Cela suppose la suppression des listes d’attente et la création de places supplémentaires aussi bien dans l’enseignement ordinaire que dans l’enseignement spécialisé.

En plus, les Communautés devraient prévoir dans les écoles une éducation active au handicap, à son existence et à son importance. Il faut donner de la visibilité au handicap, de manière à susciter la compréhension du reste de la population aux dépenses qui y sont liées. Cette éducation doit également être assurée aux enfants fréquentant des clubs sportifs et les plaines de jeu. Les Communautés doivent au besoin former des personnes capables de donner cette éducation.

 

Les propositions du PTB-go!

1.Un relèvement immédiat de l’allocation de remplacement de revenu perçu par les adultes handicapés jusqu’à 1 000 euros minimum et un relèvement correspondant de l’allocation d’intégration (accordée sur base du degré d’autonomie dans les tâches quotidiennes de la personne handicapée). Personne ne demande à être handicapé. Chaque personne handicapée a le droit d’avoir les moyens matériels de mener une vie décente.

 

2. Un recensement de la population cible et un inventaire des besoins non rencontrés. Chaque Région doit savoir combien de personnes sont en attente d’un accueil et lequel.

 

3. Création de services spécialisés en nombre et capacité suffisants pour un accompagnement de la personne tout au long de la vie. En particulier, la détection et le diagnostic précoces permettent une prise en compte dès le plus jeune âge et assurent l’évolution de la personne vers plus d’autonomie et une meilleure qualité de vie. On évite ainsi que s’installent des surhandicaps aux effets désastreux.

 

4. Création des centres d’accueil supplémentaires, de qualité et adaptés aux personnes avec handicap de grande dépendance, ainsi que des internats pour des jeunes en âge scolaire. Des services de répit sont également essentiels pour la qualité de vie des familles.

 

5. Les budgets limités des régions et des communautés étant insuffisants pour financer ces services, le coût supplémentaire doit être porté par le gouvernement fédéral et financé par des mesures telles que la taxe des millionnaires, la suppression des intérêts notionnels, la lutte contre l’évasion fiscale, etc. Les associations ainsi que l’ensemble des personnes handicapées et de leurs familles doivent participer aux décisions concernant l’allocation des ressources.

 

6. Chaque personne concernée a le droit d’avoir accès à une solution adaptée à ses besoins et à son choix, car il existe beaucoup de types de handicap. Les personnes handicapées (ou leurs représentants) doivent pouvoir choisir leur style de vie (institution, intégration dans le quartier…). Il faut favoriser au maximum des solutions qui permettent aux personnes handicapées de participer pleinement à la vie sociale, sans pour autant obliger les familles à s’occuper à temps plein d’un parent handicapé.

 

7. L'harcèlement de l'ONEM envers les personnes avec handicap doit cesser. Depuis le 1er novembre 2012, les personnes avec handicap (entre 33 et 66 %) qui sont au chômage sont contrôlées par l’Onem et risquent d’être les premières victimes de la chasse aux chômeurs. Certains chômeurs handicapés sont classés par l’Onem comme « demandeurs d’emploi impossibles à placer » et ne reçoivent plus aucun accompagnement, ce qui ne leur évitera pas l’exclusion s’ils ne se montrent pas assez assidus dans la recherche d’un emploi ! Ce harcèlement doit cesser.

 

8. Une réintégration socioprofessionnelle des personnes en incapacité de travail doit être garantie. Celui ou celle qui choisit une formation professionnelle doit pouvoir compter sur un soutien financier et un encadrement suffisant, et, lorsque la formation est réussie, continuer à bénéficier de ses droits sociaux jusqu’au moment d’obtenir un emploi.

 

9. L’accessibilité de tous les bâtiments publics et des transports en commun doit être assurée. La mobilité des personnes avec handicap doit être améliorée par la généralisation de trottoirs adaptés.

 

10. Interdiction de placer des personnes avec handicap mental en prison.

 

11. Rationaliser la politique du handicap en refédéralisant certaines compétences. Ce qui fait actuellement partie de la sécurité sociale (allocations de remplacement de revenu et allocations d’intégration) doit rester dans le domaine fédéral. À terme, vu que la lutte pour davantage de moyens se joue surtout au niveau fédéral et que la dispersion des compétences est un des facteurs les plus importants de la complexité administrative, il faudrait refédéraliser l’ensemble du secteur.

 

Pour lire l'intégralité de l'article du PTB cf. L'adresse suivante : MERCI !

http://ptb.be/programme/10-pour-une-politique-du-handicap-basee-sur-les-besoins-des-personnes-concernees

 

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