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Publié par YVAN BALCHOY

L'EXPLOSION CACHEE A L'INTERIEUR DU RAPPORT DE L'ONU SUR L'APARTHEID (JONATHAN OFIR)
L'EXPLOSION CACHEE A L'INTERIEUR DU RAPPORT DE L'ONU SUR L'APARTHEID (JONATHAN OFIR)

L’explosion cachée à l’intérieur du rapport de l’ONU sur l’apartheid

 

Jonathan Ofir

 

Il ne fait aucun doute que le rapport commandé par l’ONU sur l’apartheid israélien et enterré la semaine dernière (deux jours après sa sortie) est explosif. L’idée même qu’Israël soit coupable du crime d’apartheid, l’un des deux crimes les plus graves contre l’humanité (le premier étant le génocide), est en soi une idée qui devrait inciter tout le monde à réfléchir.
Mais il y a une autre explosion, dans ce rapport.

Israël et ses maîtres ont désespérément cherché à enterrer toute discussion à propos du sionisme en tant qu’idéologie raciste. Le rapport sur l’apartheid la ramène au devant de l’actualité.

Le rapport invalide toutes ces « mises en gardes » confuses à propos de l’apartheid qui, depuis des années (par exemple, John Kerry en 2014), font partie de la rhétorique traditionnelle des dirigeants israéliens et américains. Ce qu’implique le rapport, c’est que l’apartheid n’est pas quelque chose qui pourrait arriver bientôt ou qui vient de se produire, mais qu’il s’agit de quelque chose qui a toujours été là, dès la naissance même de l’État – dans le « caractère essentiellement raciste de l’État ».

Le rapport va immanquablement ouvrir un débat sur la fondation de l’État d’Israël, de même que sur l’idéologie qui a façonné cet État dès le début – le sionisme. La discussion ne pourra que renvoyer à un autre document enterré – la Résolution 3379 de l’ONU (1975), qui assimile le sionisme au racisme.

Le rapport affirme que l’apartheid existe, non seulement en Cisjordanie en ce moment même, mais implique également qu’il existe ailleurs et ce, dès le début. En fait, le concept de « séparation avec la Palestine » émanant de la gauche israélienne – qu’il soit intitulé « plan de paix » (comme dans le plan en 10 points et 10 ans d’Isaac Herzog) ou véhiculé par des campagnes de peur un peu plus ouvertement racistes en faveur de la « séparation » et lancées par des généraux « progressistes » – recourent carrément, sans aucun doute, au langage même de l’apartheid. Car « apartheid » est le mot afrikaner pour « séparation », dans le sens de ségrégation raciale et de discrimination raciale institutionnalisée.

L’occupation de 1967 et la « menace démographique » constituée par tous les Palestiniens dans ce territoire occupé ne suppose pas l’imminence de l’apartheid – non, il existe déjà. Ce que l’occupation menace de faire, c’est de compromettre les relations publiques d’Israël : Il va devenir plus malaisé pour Israël de faire passer l’apartheid pour une simple exigence « temporaire », si l’occupation elle-même n’est pas « temporaire ».

Dissimuler l’apartheid israélien sous un voile de « démocratie » a été l’un des tout premiers actes d’Israël, comme le fait remarquer le rapport, dans le chapitre intitulé « L’ingénierie démographique » (p.31) :

« La première politique générale d’Israël a été une politique d’ingénierie démographique, en vue d’établir et de maintenir une forte majorité juive en Israël. Comme dans toute démocratie à caractère racial, une telle majorité autorise les privilèges de la démocratie – des élections démocratiques, une législature forte – sans qu’il y ait de risque de perte d’hégémonie pour le groupe racial dominant. Dans le discours israélien, cette mission est exprimée en termes de ce qu’on appelle »menace démographique », une référence raciste manifeste à la croissance de la population palestinienne ou au retour des réfugiés palestiniens. »

 

Et quelle est l’idéologie qui a entretenu et rationalisé ces pratiques ? Le sionisme.

Le rapport ne fait pas du sionisme son sujet principal – il traite plutôt d’Israël. Mais il prend soin d’épingler le sionisme comme l’idéologie principale façonnant le « nationalisme juif », dans sa mise en cause d’ « Israël en tant qu’État raciste ». Cette partie, « Les institutions judéo-nationales d’Israël », mérite une citation plus longue :

« Israël a élaboré sa gouvernance interne de façon à assurer que l’État puisse préserver et promouvoir une forte majorité juive en Israël. Dans la pensée politique sioniste, le terme »peuple juif » est utilisé pour revendiquer le droit à l’autodétermination. Le fait qu’un groupe ethnique ou racial se met en quête d’un État qui lui soit propre équivaut à un projet national et c’est ainsi que les institutions israéliennes destinées à préserver Israël en tant qu’État juif sont désignées dans le présent rapport comme des institutions »judéo-nationales ».

En Israël, toute une interaction de lois consolide la suprématie judéo-nationale. Par exemple, à propos de la très importante question de l’utilisation des terres, voici ce que dit la Loi fondamentale : L’Autorité foncière israélienne (ILA) stipule que la propriété réelle aux mains de l’État d’Israël, des pouvoirs responsables du développement ou du Keren Kayemet Le-Israel (FNJ – Fonds national juif) doit servir les intérêts »nationaux » (c’est-à-dire judéo-nationaux) et ne peut être transférée dans d’autres mains. Cette même autorité (ILA) se désigne en outre officiellement comme administratrice de ces terres. L’ILA décrète en outre qu’elle (en tant qu’autorité ayant succédé à l’Administration foncière israélienne) est chargée d’administrer les terres en conformité avec les termes de la Charte du FNJ, qui requiert que les terres aux mains du FNJ soient dévolues à perpétuité au bénéfice exclusif du peuple juif. L’ILA opère également en conformité avec la Loi statutaire de l’Organisation sioniste mondiale et de l’Agence juive (1952), qui insiste sur la responsabilité de ces organisations conjointes, qui sont au service de l’implantation et du développement juifs. Par conséquent, l’Autorité foncière de l’État, qui prend en charge 93 pour 100 des terres se trouvant à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays, est gérée par le biais de lois interdisant l’utilisation de ces terres par des non-Juifs. » (…)

« L’Agence juive et l’Organisation sioniste mondiale (désignées plus loin comme AJ-OSM) méritent une attention particulière pour leur rôle dans l’instauration du caractère racial du régime israélien. Selon la législation israélienne, elles restent les »agences autorisées » de l’État concernant les affaires judéo-nationales en Israël et dans le territoire palestinien occupé. (…)

Une tâche essentielle de l’AJ-OSM consiste à œuvrer activement à construire et sauvegarder Israël en tant qu’État juif et en partciulier par le biais de la politique d’immigration :

(…)

5. La mission consistant à rapatrier les exilés [juifs] et qui constitue la tâche centrale de l’État d’Israël et du mouvement sioniste de nos jours, requiert des efforts constants de la part du peuple juif de la diaspora ; par conséquent, l’État d’Israël compte sur la coopération de tous les Juifs, tant au niveau individuel qu’en groupe, pour construire l’État et contribuer à l’immigration en Israël des masses du peuple [juif], et il considère que l’unité de toutes les sections du monde juif est nécessaire, dans ce but. (Les caractères gras ont été ajoutés par les auteurs du rapport.)

Un langage aussi explicite de la part des institutions officielles de l’État souligne définitivement le caractère essentiellement raciste de l’État. »

d’Isr

Certains prétendent que le sionisme ne peut même être séparé du judaïsme – comme l’a fait le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, qui écrivait dans The Guardian que « l’on ne peut pas séparer davantage le sionisme du judaïsme qu’on ne peut séparer la Cité de Londres de la Grande-Bretagne ». Mais il nous faut séparer le judaïsme du sionisme. Nous devons séparer la religion de l’État, que le veuillent ou non Israël et les rabbins sionistes. Sionisme et judaïsme ne sont pas une seule et même chose. Mais alors, il faut poser la question : Le sionisme et le régime d’apartheid d’Israël sont-ils une seule et même chose ? Le rapport semble suggérer que les deux sont liés de façon indissociable.


Publié le 21 mars 2017 sur Mondoweiss
Traduction : Jean-Marie Flémal

Jonathan Ofir est un musicien, chef d’orchestre et bloggeur / écrivain israélien vivant au Danemark.

Lire l'intégralité de l'article à l'adresse suivante :

 

http://www.pourlapalestine.be/

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