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Publié par YVAN BALCHOY

LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (401)

Le Christianisme n’a pas empêché l’Eglise d’appuyer pratiquement le capitalisme inhumain en dépit des invectives du Christ contre la richesse (1)

(1)On pourrait répliquer que l’Evangile n’y est pour rien, que l’Evangile prêche une chose et que si…(les chrétiens) font le contraire, c’est parce qu’ils sont mauvais serviteurs de l’Eglise. Et que si l’on applique les principes de l’Evangile, tout ira pour le mieux : les hommes deviendront frères, il n’y aura plus de guerre, « la paix règnera sur la terre et la bienveillance parmi les hommes ».

Ce raisonnement est privé de tout fondement. Rien ne sert d’émettre des hypothèses sur ce qui se passerait si brusquement les hommes se mettraient à vivre conformément à telle ou telle doctrine. Il faut voir les faits.

Or les faits sont là pour témoigner que pendant mille huit cent ans, l’existence des évangile n’a pas empêché les guerres, mais au contraire dans bien des cas en a été la cause ou a servi à les justifier. Les faits montrent qu’on peut être partisan de l’Evangile et non seulement ne pas de dresser contre les guerres et la violence, mais encore se faire l’initiateur de l’extermination des hommes sous ses formes les plus odieuses. » (I. KRYVELEV, ouvrage cité, page 131)

Il serait facile de répondre à ces faits incontestables d’autres faits aussi incontestables imputables aux « socialistes » qui démontrent que la tyrannie et l’exploitation des masses existe aussi dans des pays rejetant l’Evangile.

Aucune doctrine qui repose sur le respect du libre-arbitre n’assurera, c’est évident, un salut automatique à l’individu comme à la société et le Christianisme moins que tout autre.

Mais un observateur de bonne foi ne peut nier l’action transformatrice lente mais décisive de l’homme sous l’influence de l’Evangile : cette mutation progressive, en favorisant la prise de conscience des injustices sociales et la nécessité de lutter pour un monde plus juste, a permis l’éclosion du socialisme et du marxisme.

L’œuvre de Fédor Mikhaïlovitch constitue une réfutation des thèses marxistes concernant la nature de la religion ; il ne prêche pas une foi éthérée qui tournerait le dos aux valeurs terrestres.

On peut même dire que le matérialisme de Dostoïevski va plus loin en définitive que celui de Marx. Son paradis n’en n’est pas moins humain et terrestre que le « Grand Soir » mais il n’en n’a pas le caractère utopique (2)

(2)On sait que le caractère utopique ou réaliste du « Grand Soir » est débattu chez les marxistes.

Il ne fait aucun doute, en effet que Dostoïevski n’ait cru à « l’établissement futur du Royaume de Dieu sur terre. ».

La salut est à ses yeux tout à la fois divin et humain à l’image de Celui qui l’a personnifié pour l’éternité d’une façon réelle et tangible : La foi de l’écrivain, à la fin de sa vie, ne repose pas en effet sur une idée, si séduisante soit-elle, mais elle procède d’un fait historique, qui constitue un miracle extraordinaire, l’Incarnation du Verbe fait Chair dans l’histoire et le réel.

Le Christianisme authentique, à l’image de son fondateur ne méprise pas les valeurs terrestres ; bien au contraire, il les élève jusqu’à Dieu. Loin de rabaisser la dignité de l’homme, il en fait le roi du cosmos.

A l’opposé des allégations marxistes, la religion ne peut aliéner la personne humaine que si elle est elle-même altérée ; sans Dieu au contraire l’homme est toujours aliéné car il est essentiellement un animal religieux.

La liberté consiste, suivant l’étymologie russe si lumineuse à être SOI-MEME et cela n’est possible qu’en rejoignant par son libre-arbitre (svabodnaïa volia) sa nature profonde à l’image du Christ.

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