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Publié par YVAN BALCHOY

LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (397)

Inutile de revenir ici sur l’opposition apparemment farouche de Dostoïevski face au catholicisme. Elle était l’apanage des slavophiles y compris de Khomiakov.

La partialité du romancier est sur ce point injuste.

On ne lui reprochera pas de combattre lacune et faiblesses du Catholicisme médiéval ou contemporain, mais sa vision de l’Eglise romaine est souvent caricaturale, colle lui-même semble en avoir été conscient du caractère passionnel de son attitude en la matière (1)

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(1) Cf. la réaction d'Aliocha à la suite du récit par Yvan de la Légende, en cette étude, page...

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Malheureusement la passion partisane et le nationalisme chauvin lui ont souvent voilé la réalité.

Ce contre quoi il s’insurge n’en n’est pas moins une tentation permanente de l’esprit chrétien.

Qui pourrait affirmer que la mentalité du triste inquisiteur n’a pas été le cas d’une part important de la hiérarchie et parfois du peuple catholique.

Si l’écrivain avait été plus lucide, il aurait remarqué que cette déformation se retrouve à des degrés divers dans toutes les confessions chrétiennes y compris l’orthodoxie ; il aurait sans doute également nuancé son « messianisme russe » parfois déplaisant à cause du ton méprisant pour ne pas dire haineux qui s’en dégage à l’égard des nations occidentales.

On ne lui reprochera pas de croire au rôle salvifique d’une Russie qu’il croyait sincèrement demeurée fidèle au Christ, maos dommage qu’il n’ait pu jeter un regard plus bienveillant sur les chrétiens non orthodoxes pour découvrir chez eux aussi la présence agissante du Christ.

La meilleure réfutation du jugement impitoyable et sans appel qu’il formule à propos de l’Eglise de Rome n’est-elle pas ce second Concile du Vatican et les orientations que cette assemblée ecclésiale a développé au sein du Catholicisme.

Quelle plus éclatante preuve que les catholiques ont réussi à exorciser cette fameuse troisième tentation diabolique devant laquelle, croyait Fédor Mikhïlovitch, ils avaient définitivement succombé.

L’œuvre du grand romancier russe, en nous mettant directement en question, nous force à un sérieux examen de conscience.

N’avons-nous pas encore souvent des réflexes de possesseurs d’une vérité qui, dès lors, est condamnée à rester « lettre morte » au lieu de nous en tenir au rôle de serviteurs de la Vérité toujours vivante et toujours renouvelée du Christ vivant en son Eglise.

El la rationalisant, nous l’avons parfois » chosifiée », en oubliant que le Christ la voulait personnalisante, libre et libératrice.

Dostoïevski a toujours été passionné par la liberté ; longtemps il a tenté de l’atteindre en se cantonnant au niveau d’une anthropologie humaniste pure dont une réflexion de l’adolescent donne une certaine idée.

« La conscience calme et solitaire de sa force, voilà la plus parfaite définition de la liberté, pour laquelle se bat tant de monde. » (2)

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(2) « L’Adolescent », page 95

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