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Publié par YVAN BALCHOY

LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (393)

Ainsi la foi de Sonia dans "Crime et châtiment" est certes émouvante ; elle constitue une magnifique bouée de sauvetage dans le malheur humain, mais on peut se demander si ce message répond pleinement à la grandeur du destin initial de l'auteur.

C'est peut-être pour cette raison qu'Albert Camus n'a pas été convaincu. Dostoïevski n'a peut-être pas toujours assez montré positivement que le Salut était atteint dans le Christ. (1)

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(1)On trouve des textes consolants de ce genre : "Dans les tourments, crispé par la torture, je suis. . Attaché au pilori j'existe encore, je vois le soleil et si je ne le vois pas, je sais qu'il luit et savoir cela, c'est déjà toute la vie." "Les Frères Karamazov, page 620. Cette tragique confession de Dimitri a une grande valeur au plan du témoignage, mais elle est faible au plan de la critique. ----------------------------------------------------------

Il a sans doute manqué d'une théologie globale qui lui aurait mieux permis de se livrer à une autocritique et à faire le tri des idées si diverses qui le séduisaient.

Mais la vie commande et le romancier était conditionné par sa psychologie à un point tel que la souffrance du doute lui parut être une richesse ; et c'est vrai en un sens.

C'est peut-être cette angoissante marche vers la lumière qui le rend plus proche de l'âme contemporaine si imperméable à la théologie pure ou à une Foi sans problème.

. Mais la Foi n'exprime qu'un aspect de la vie religieuse qui, chez Fédor Mikhaïlovitch, s'articule sur les vertus théologales.

Ainsi l'Amour occupe lui aussi une place prépondérante dans ce dialogue personnalisant et transfigurant qu'est la vie en Christ. L'espérance, nous l'avons vu, est peu mentionnée, comme c'était déjà le cas chez un slavophile tel que Khomiakov. (2)

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(2) Cf. cette étude, page...

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Dans une perspective théologique centrée sur l'idée de rencontre, il est assez facile de comprendre l'insistance sur les deux termes extrêmes de l:a relation entre l'homme et son idéal. Nous l'avons vu, Dostoïevski a toujours eu énormément de difficulté à se réaliser au plan de la Foi et de l'amour

Autant le premier fut tourment,, autant le second fut lui aussi pénible à vivre concrètement. L'écrivain, avait en effet des relations bien difficiles avec son entourage, en dépit de son désir de fraternité universelle.

Ainsi, paradoxalement Est-ce peut-être l'espérance qui qualifie le mieux son attitude existentielle devant Dieu, les hommes, le monde et lui-même. Il n'en n'a pas souvent parlé explicitement, mais elle est toujours concrètement présente en lui. Ainsi lui fut-il difficile de prendre vis à vis d'elle la distance qui permet une réflexion objective.

Cette espérance, il l'a vécue non comme un état permanent, mais comme une volonté toujours reprise de surmonter les déceptions du présent et de l'apparent en faisant appel aux force invisibles et à l'avenir

. L'espérance, c'est la route qui ouvre la Foi sur l'Amour.

Elle se vide de toute signification et en fait un but tant elle est subordonnée au terme où elle conduit.

Toute l'œuvre de Dostoïevski est ainsi un cri d'espérance qui qualifie et explique en quelque sorte cette Foi et cet Amour tourmentés qui le caractérise..

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