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Publié par YVAN BALCHOY

Je ne pourrais assez remercier mon père, André (Candria en Corse), qui pour me permettre un jour de comprendre la langue Corse qu'il n'avait pas eu le temps de m'apprendre car il enseignait déjà l'anglais, me fit choisir l'Italien, en seconde langue au Lycée Raymond Naves .

Cette classe d'Italien cristallise les meilleurs souvenirs que j'ai eus de ce Lycée qui n'était pas d'élite, au sens social de ce terme menteur mais bien plus important, jouait alors ce rôle de creuset social dont nous semblons avoir quelque peu perdu le secret.

J’eus la grande chance d’y connaître mon meilleur ami, Roland P.., qui aujourd’hui, hélas, n’est hélas plus mais dont l’Esprit demeure et qui fut l'ami si compatissant et fraternel de mon adolescence tourmentée quelque peu Rimbaldienne.

Mes Professeures d'Italien étaient toutes des passionnées et si nous ne nous mîmes pas suffisamment, par paresse, à la grammaire; elles réussirent, tout de même, à nous ouvrir grand la porte de cette langue somptueuse, l’Italien, si variée et l’amour de la civilisation Italienne qui a tant irrigué l'art et le bonheur de vivre.

Parmi les romans que ces professeures de ce Lycée Laïque et quelque peu «contestataire» (encore un terme qui s’est évaporé sous la gangue de l’aigreur et de la passion funeste d’une nouvelle intolérance pseudo-jacobine ) nous firent connaître, il y a dans ma mémoire et au plus haut de mon panthéon personnel, «Le Christ s’est arrêté à Eboli» écrit par docteur, peintre et militant antifasciste de «Giustizia e Libertà», l’ écrivain Carlo Levi.

Son chef d'œuvre incontesté : «Christo si é fermato a Eboli» («Le Christ ne s’est pas arrêté à Eboli.») a fait le tour du Monde. Envoyé en relégation par le «Tribunal pour la sûreté de l’Etat» créé par les fascisme (dans ce que l’on nommait le «confino», dans le petit village d’Aliano en Basilicate, pour le punir de ses mauvaises pensées et de ses quelques minuscules actions politiques menée sous la chape de plomb totalitaire en ce lieu, si perdu que même le Christ, lui-même, semble-t ‘il, avait oublié, tout au moins métaphoriquement de s’y arrêter,

Carlo Levi, au travers d’un roman presque naturaliste fait un véritable reportage ethnologique sur la condition des paysans et journaliers pauvres que l’on nommait alors : «I cafoni», (les culs terreux, les humbles, les oubliés d'hier et toujours).

Contrairement à trop d'écrivains contemporains qui fuient les questions qui fâchent et surtout la question sociale ( il est vrai que j’entends dire même par nombre de mes chers amis d’aujourd’hui qu’il n’y aurait plus d’ouvriers, ce qui est inexact, il en existe toujours plus que dans la Russie tsariste où fut menée la "révolution d'octobre" en 1917; il est hélas bien exact qu’il n’y a plus guère d’écrivains provenant des milieux ouvriers , paysans et plus largement populaires).

A l'inverse de notre littérature européenne contemporaine, laquelle s'est très largement abimée dans le nombrilisme ou pire la rancœur nihiliste, Carlo Levi, lui, a réussi à atteindre la profondeur la condition humaine et la véracité des plus grands peintres de l'Esprit , tels les écrivains Russes comme Gogol , Gorki , Tolstoï et Soljenitsyne, dans «le pavillon des cancéreux» ainsi que les écrivains Méditerranéens à la "générosité solaire" comme le crétois Nikos Kazantzakis (dans la liberté ou la mort), Albert Camus, dans «la Peste» et Mouloud Feraoun (dans son «journal»).

Bref dans son roman, Carlo Levi va au plus profond de la tragédie intime et collective des êtres et ne masque pas les ébranlements sociaux, et les Révolutions à venir qui font tant peur à notre époque de «nouveaux rentiers» de la finance et de la pensée sans jamais verser dans le prêchi-prêcha.

Ce sont de tels écrivains, sortis du terreau de leurs Peuples, le connaissant et l’aimant profondément, qui nous manquent tant aujourd’hui

. Ces écrivains furent d’irremplaçables témoins de leur époque comme Victor Hugo, avec «Les Misérables» avec ses personnages littérairement immortels tel le forçat en rédemption, Jean Valjean, la touchante Cosette et bien sûr le jeune Gavroche.

Ils restent au-delà de toute mode et atteignent l'Universel en s’appropriant la vérité profonde de ce qu’en Occitan, l’on nomme nos «Pais» ou la diversité de nos terroirs.

Encore un immense merci à mon père et à mes professeures; il faut lire ou relire : «Le Christ s'est arrêté à Eboli». Car si nous regardions un peu au-delà de notre Europe tétanisée de peur et barricadée, il y a encore bien d'autres Eboli et encore tant de «Cafoni » méprisés, brutalisés et tyrannisés dans le Monde d'aujourd'hui

PAUM ARRIGHI

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