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Publié par YVAN BALCHOY

LA LIBERTE DANS L'OEUVRE DE DOSTOÏEVSKI : ÊTRE LIBRE, CE N'EST PAS CHOISIR A TOUT VENT, C'EST ÊTRE SOI-MÊME. (368)

Expliquer toutes ces contradictions sociales de Dostoïevski n’est pas facile.

Qu’il ait été un grand subjectiviste, que la tendance analytique de son esprit l’ait poussé à présenter toute réalité sous un jour contradictoire, c’est évident.

Mais il faut chercher plus loin la source de ces conflits qui, avant de s’extérioriser en son œuvre l’ont divisé lui-même.

Entre les doctrines socialistes et la révolution de 1789, existe une similitude somme toute bien ambigüe.

Aucun idéal social peut-être n’est plus grand que « Liberté, Egalité, Fraternité » Nul doute que Dostoïevski n’ait jamais pu prononcer ces trois mots d’une façon indifférente. Les conservateurs ont tort d’y voir des mots creux périlleux pour la société, mais l’interprétation qu’en donnaient les socialistes n’est pas plus capable d’y mener.

Nous avons vu cependant comment, peu à) peu, Fédor Mikhaïlovitch a vu dans l’Evangile et la doctrine Paulinienne la solution garantissant cette liberté authentique qui débouche sur une réelle fraternité garantissant, fondant la vraie égalité ; un tel idéal repose non sur des principes abstraits mais sur des hommes fraternels. (1)

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(1) Cf. cette étude, page…

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La fraternité ne peut exister sans des frères concrets Rien n’est plus dangereux au contraire qu’une « Liberté, Egalité, Fraternité » purement conceptualisée, c’est-à-dire évidée de ce qui en fait la richesse essentielle.

Au nom de ces trois idéaux, on a si souvent écrasé l’homme, tout en prétendant construire son bonheur.

Dostoïevski a échappé à ces constructions théoriques grâce au caractère profondément concret du Personnalisme auquel il a toujours adhéré quasi-viscéralement. La lutte qu’il dut livrer pour défendre ces idées l’a souvent entraîné à minimiser l’importance des pressions sociales qu’i s’exercent sur la personne humaine

. Il admettait aisément le poids des déterminismes psychanalytiques dans le comportement humain.

Ainsi en 1871, parlant d’une certaine Catherine Kornilova qui, enceinte, avait précipité d’une fenêtre sa petite fille âgée de six ans, il remarque qu’une femme enceinte a des influences et des impressions étranges auxquelles son esprit obéit avec une docilité bizarre et déconcertante. (2)

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(2) « Journal d’un écrivain », oct. 1876, page 363

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En revanche, le romancier éprouva toujours beaucoup de difficultés à admettre le caractère incoercible des pressions sociales s’exerçant sur l’individu. Dans ce même article sur cette malheureuse femme, il note : « Nous admettons que l’on puisse avoir compassion du meurtrier, mais non pas d’appeler bon ce qui est mal, dans un cas aussi grave que solennel que l’est une décision de justice…Qu’on envisage… pour le coupable un adoucissement de sa peine, qu’on s’efforce de l’acquitter ce sont d’autres questions, très profondes et très vastes sans doute, mais totalement différentes de la question juridique et concernant tous les autres domaines de la vie sociale., domaine encore peu exploité, il faut en convenir, surtout chez nous. En attendant ces deux idées distinctes, ne laissant pas de prêter à confusion devant nos tribunaux. Il en résulte que le crime n'est nullement considéré comme un crime. La société s'entend ainsi proclamer - et par les tribunaux ! - que, somme toute, le crime n'existe pas, que le crime n'est qu'une maladie provenant de l'état anormal de la société, idée "géniale, idée vraie sous certains rapports et dans un certain nombre de cas déterminés ; mais idée complètement erronée dans l'ensemble, car il y a là une limite qu'il lui est impossible de transgresser, à moins de faire de l'homme un être impersonnel...en un mot de reconnaître à l'homme une mauvaise nature, découverte par, on ne sait, quelle science nouvelle. En attendant cette science n'a même pas commencé d'exister." (3)

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(3) "Journal d'un écrivain", oct? 76, page 362-363.

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