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Publié par YVAN BALCHOY

L'IMPÔT DU PAUVRE (AGENOR ALTAROCHE)-REEDITION

Le percepteur trouve qu'on tarde ; Il veut être payé ce soir.

— J'ai quelques sous, mais je les garde

Pour vous acheter du pain noir.

Si je n'en porte à votre mère,

Enfants, la soupe manquera !..

. — Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

Le travail, toute la semaine,

Charge mes membres harassés ;

Eh bien ! Que m'importe la peine,

Lorsque pour vous je gagne assez !

Le soir, en me couchant, j'espère

Qu'un meilleur jour demain luira...

— Va payer l'impôt, pauvre père

; Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— La faim !... par les miens endurée !...

— A l'Etat il faut de l'argent,

Et c'est pour nourrir sa livrée

Que le lise se montre exigeant.

Le budget qu'on nous délibère

A plus d'un milliard montera.

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— Quoi ! Pas de pain pour ma famille !

— Le trône a besoin de splendeur.

On veut que tout courtisan brille ;

Au pays cela fait honneur.

Tout l'hiver, chaque ministère

Par ordre de jours recevra.

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— Pour engraisser leur politique

Faudra-t-il vendre nos haillons !

— A nos vieux amis d'Amérique

On a pavé vingt-cinq millions.

Le czar présente avec colère Un vieux compte... on le réglera.

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— Ma bourse et mon buffet sont vides...

— Paris de merveilles s'emplit,

On bâtit des palais splendides,

Versailles même s'embellit.

Tribut d'une terre étrangère,

L'obélisque se dressera.

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— Avoir faim ! Ô pensée affreuse !

— On a faim dans tous les pays.

Des pauvres la race est nombreuse ;

Ils en ont cent mille à Paris.

Gras de luxe et de bonne chère,

Jack au fond d'an palais vivra.

Va paver l'impôt, pauvre père

; Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— Chers enfants ! Souffrir à votre âge !

— L'argent du fisc est bien placé.

Il fallait un pont au village,

C'est un chemin qu'on a tracé.

Le préfet possède une terre,

Tout près la route passera.

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

— Payer, quand chez moi la disette..

. — C'est là notre rôle éternel ;

Nous payons pour notre piquette,

Pour notre hutte et notre sel.

Ces taxes, incurable ulcère,

Le riche seul les votera...

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra

. — Enfants, le besoin vous dévore ;

Je dois garder mes derniers sous !

— Qui dort dîne...

Il nous reste encore

Un seul lit pour nous coucher tous

. Paie... ou ce grabat de misère

Le recors demain le vendra.

Va payer l'impôt, pauvre père ;

Nous mangerons... quand Dieu voudra.

www.poesie-francaise.fr Didier Glehello

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