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Publié par YVAN BALCHOY

MICHEL PEYRET : Bien cordialement

Avec Marx « L’attitude du mouvement ouvrier, écrit Murray Smith, à l’égard de la religion n’a jamais été simplement d’être un peu plus ‘radical’que l’extrême gauche républicaine. Aussi bien Marx et Engels que Lénine ont rejeté l’idée qu’on puisse combattre l’influence de la religion en interdisant ses manifestations et se sont montrés plus que critiques à l’égard de l’anticléricalisme bourgeois. Lénine écrivait en 1909 :

“En Occident, après la fin des révolutions bourgeoises nationales, après l’institution d’une liberté plus ou moins complète de conscience, la question de la lutte démocratique contre la religion a été, historiquement, refoulée au second plan par la lutte menée par la démocratie bourgeoise contre le socialisme, au point que les gouvernements bourgeois ont essayé à dessein de détourner du socialisme l’attention des masses en organisant une “croisade” pseudo libérale contre le cléricalisme.

La Kulturkampf en Allemagne et la lutte des républicains bourgeois contre le cléricalisme en France ont revêtu in caractère identique. L’anticléricalisme bourgeois, comme moyen de détourner l’attention des masses ouvrières du socialisme, voilà ce qui en Occident a précédé la diffusion, parmi les social-démocrates, de leur actuelle “indifférence” envers la religion”. » Cela fait plus d'une dizaine d'années que Murray Smith a écrit cela. Lisons

. Michel Peyret

Des origines de la laïcité à la question du foulard Quand les camarades qui éditent la revue Socialisme international m’ont demandé de faire un article sur les origines de la laïcité j’ai commencé à faire exactement cela, d’un point de vue historique.

Mais avec l’évolution de la situation et la place centrale qu’a prise le débat sur le foulard, cela a évidemment débordé sur la situation actuelle.

D’où un certain aspect ‘évolutif’ du texte. Avec la concrétisation de la perspective d’une loi et ce qui commence à ressembler à l’union sacrée sur la question, il va falloir certainement revenir à la question, de plusieurs angles.

Le texte qui suit n’est donc qu’une première contribution au débat. MS, le 18/12/03 Il semble donc qu’on va vers une loi interdisant le port du foulard dans les écoles.

Le 17 décembre Chirac a dûment approuvé cette proposition de la commission Stasi. Mais les propositions et toute la teneur du rapport de la commission Stasi, rendu public le 11 décembre, vont bien au-delà de l’interdiction du foulard. Elles cherchent à réglementer par la loi l’affirmation publique des convictions religieuses, voire politiques. Tout cela est fait au nom de la laïcité.

La première phrase du rapport de la commission Stasi affirme solennellement que “la République française s’est construite autour de la laïcité”. Dans le premier paragraphe on peut également lire que “la France a érigé la laïcité au rang de valeur fondatrice”. Et ainsi de suite. Le concept de laïcité se trouve donc bel et bien au centre des débats actuels. Il s’agit d’un concept bien français - le mot même ne se traduit pas facilement dans d’autres langues. Cela s’est vu récemment, au cours du Forum social européen de novembre 2003.

La plupart des séminaires du FSE ont été proposés par des organisations originaires de plusieurs pays et ont rassemblé des participants de nationalités différentes. Pourtant, le séminaire sur “Laïcité et citoyenneté en Europe” a été proposé par huit organisations, toutes françaises (ainsi que par un obscur “Forum humaniste européen”). La tribune était donc franco-française et les participants au débat quasi-exclusivement français.

A remarquer l’absence notable de femmes portant le foulard. Elles ont été plus nombreuses à participer au séminaire animé par l’intellectuel musulman Tariq Ramadan.

L’histoire est plus qu’anecdotique. Le question de la laïcité, bien qu’il risque maintenant d’avoir des répercussions au-delà de l’hexagone, concerne essentiellement la France. Or, la présence d’une importante population musulmane n’est pas spécifique à la France. De telles populations existent aujourd’hui dans presque tous les pays d’Europe occidentale. Il s’agit d’un phénomène relativement récent, produit des flux migratoires depuis cinquante ans

. Les manifestations de racisme à l’égard de ces populations ne sont pas non plus une spécificité française. Et le foulard se porte dans d’autres pays. Ce qui est particulier à la France, c’est que le port du foulard provoque de telles passions. Il est largement accepté, à gauche aussi bien qu’à droite, que le port du foulard constitue un ‘problème’ qu’il convient de ‘régler’ d’une manière ou d’une autre - par des pressions plus ou moins insistantes, par des exclusions décidées au niveau de l’établissement scolaire (ou dans d’autres services publics) et éventuellement par une loi. Il faut remettre les choses à l’endroit. Le problème n’est pas le foulard.

Le problème est la façon dont la France et les Français(es) de souche réagissent à cette manifestation d’identité religieuse et culturelle. La fureur autour de la question est surtout le reflet de l’extrême difficulté qu’éprouve la société française à intégrer des populations musulmanes.

Et cette difficulté est largement liée à la place qu’occupe la laïcité dans l’idéologie de l’Etat républicain français, surtout en ce qui concerne l’école. Le large consensus qui est en train de se dégager en faveur d’une loi interdisant le port du foulard à l’école est assez instructif. Il recouvre ce qu’on pourrait appeler le centre du spectrum politique – UMP-UDF à droite, PS à gauche.

Le consensus entre ces forces politiques se fait rarement en défense des valeurs progressistes. Si la droite traditionnelle aussi bien que la gauche social-libérale se réclament de la laïcité, c’est que celle-ci occupe une place centrale dans la construction de l’idéologie bourgeoise dominante qui dépasse largement la séparation entre Eglise et Etat.

La laïcité fait bien, comme le dit la commission Stasi, partie des fondements de la République, c’est-à-dire de l’Etat… En dehors de ce consensus droite-gauche on trouve, à droite, le Front national et Philippe de Villiers. Leur opposition à une loi n’est pas seulement inspirée par des considérations tactiques. Il est vrai que Le Pen veut bien rendre visible la présence musulmane dans la société française que droite et gauche veulent cacher. De son point de vue c’est en quelque sorte pratiquer la politique du pire, pour mieux étayer ses thèses sur l’”invasion” étrangère.

Mais il y a une raison plus de fond – le FN et de Villiers défendent une identité française basée non sur la laïcité mais sur la foi et la tradition chrétiennes. C’est un courant minoritaire dans la classe politique française, qui descend de la vieille droite anti-républicaine.

A gauche, la proposition d’une loi est opposée par le PCF, la LCR, les Verts, ainsi que par des associations et syndicats – la LDH, le MRAP, la CGT, la FSU. Pourtant cette opposition de gauche à la perspective d’une loi ne va pas sans contradictions, car en grande partie la gauche et l’extrême-gauche acceptent le point de départ des partisans d’une loi, à savoir que le port du foulard constitue un problème.

Plus largement, elles font souvent preuve d’une attitude acritique à l’égard des concepts de laîcité et d’anticléricalisme formés dans la lutte de la République bourgeoise contre l’influence de l’Eglise catholique au 19e siècle, mais qui aujourd’hui servent surtout à couvrir les préjugés et les discriminations à l’égard de l’islam.

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