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Publié par YVAN BALCHOY

O race humaine aux destins d’or vouée,

As-tu senti de quel travail formidable et battant,

Soudainement, depuis cent ans,

Ta force immense est secouée ?

L’acharnement à mieux chercher, à mieux savoir,

Fouille comme à nouveau l’ample forêt des êtres,

Et malgré la broussaille où tel pas s’enchevêtre

L’homme conquiert sa loi des droits et des devoirs.

Dans le ferment, dans l’atome, dans la poussière

- La vie énorme est recherchée et apparaît.

Tout est capté dans une infinité de rets

Que serre ou que distend l’immortelle matière.

Héros, savant, artiste, apôtre, aventurier,

Chacun troue à son tour le mur noir des mystères

Et grâce à ces labeurs groupés ou solitaires,

L’être nouveau se sent l’univers tout entier.

Et c’est vous, vous les villes,

Debout- De loin en loin, là-bas, de l’un à l’autre bout

Des plaines et des domaines,

Qui concentrez en vous assez d’humanité,

Assez de force rouge et de neuve clarté,

Pour enflammer de fièvre et de rage fécondes

Les cervelles patientes ou violentes

De ceux

Qui découvrent la règle et résument en eux- Le monde.-

L’esprit de la campagne était l’esprit de Dieu ;

Il eut la peur de la recherche et des révoltes,

Il chut ; et le voici qui meurt, sous les essieux

Et sous les chars en feu des nouvelles récoltes.-

La ruine s’installe et souffle aux quatre coins

D’où s’acharnent les vents, sur la

Ce qui lui reste encor d’ardeur dans l’agonie.

L’usine rouge éclate où seuls brillaient les champs ;

La fumée à flots noirs rase les toits d’église ;-

L’esprit de l’homme avance et le soleil couchant

N’est plus l’hostie en or divin qui fertilise.

Renaîtront-ils, les champs, un jour, exorcisés

De leurs erreurs, de leurs affres, de leur folie ;

Jardins pour les efforts et les labeurs lassés,

Coupes de clarté vierge et de santé remplies ?

Referont-ils, avec l’ancien et bon soleil,

Avec le vent, la pluie et les bêtes serviles,

En des heures de sursaut libre et de réveil,

Un monde enfin sauvé de l’emprise des villes ?

Ou bien deviendront-ils les derniers paradis

Purgés des dieux et affranchis de leurs présages

Où s’en viendront rêver, à l’aube et aux midis,

Avant de s’endormir dans les soirs clairs, les sages ?

En attendant, la vie ample se satisfait

D’être une joie humaine, effrénée et féconde ;

Les droits et les devoirs ? Rêves divers que fait,

Devant chaque espoir neuf, la jeunesse du monde !

Emile Verhaeren, Les villes tentaculaires

http://www.poetica.fr/poeme-1832/emile-verhaeren-vers-le-futur/

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