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Publié par YVAN BALCHOY

11-04-20- TA CASSETTE TALISMAN

Ce matin hivernal

et quelque peu glacial

j'ai pris ma voiture

en quête d'un brin de nature

quand soudain dans la boîte à gants

ta cassette m'a paru un remède épatant

pour fuir mes soucis

et apaiser mes ennuis

Face au parc de ma cité

des canards diversement coloriés

fendant l'eau d'un air extasié

tandis que sur la pelouse

un paon à l'élégance andalouse

se faisait admirer

par une famille toute encapuchonnée.

Dès que la cassette se mit en route

mon cafard fut en déroute.

Au rythme de la flûte de pan

le paysage s'enlumina soudain

L'horizon se dressa

en blanches sierras nevada

le parc devint forêt amazonienne

parsemée de ruines précolombiennes.

A quelques pas de moi

si gracieux dans leur pancho

les mains dans le dos

quelques hommes aux yeux brûlants

allant et reculant

tout en chantant

dansaient un étrange boléro

d'un altiplano romancero

A deux pas un bouquet joliment colorié

de jeunes femmes au teint hâlé

vêtues d'amples "toma hombre"

tournoyaient entre elles

telle une toupie de soleil.

Emerveillé par cette cassette talisman

qui m'entraînait dans un monde si différent

je fermai les yeux un instant

pour mieux savourer le moment présent.

Quand tout aussi ravi

je les rouvris

je me trouvais au pied d'une citadelle

aussi vieille que belle

qui face ˆ une mer émeraude

me chantait ˆ sa façon son ode

d'un passé prestigieux

dont je voyais les restes si fastueux

Je reconnus sans peine

la merveilleuse Carthagène

où le blanc côtoie si joliment l'ébène

l'aujourd'hui y est paré des habits d'hier

et le passé y ressuscite si fier

C'est alors que me retournant ébloui

autant qu'abasourdi

enfin je te revis

Je me précipitai vers toi

mais doucement tu me repoussas

d'une douce caresse de tes doigts

puis m'entraînant à travers rues

tu me détaillas tout en revue

Me faisant humer gaiement mille odeurs

si accordées à la palette des couleurs

tu me fis visiter le port

admirer les statues des conquistadores

me recueillir dans les églises coloniales

et leur si délicieuse fraîcheur

au sein de la moiteur équatoriale

tout cela dans la musique

des bruits et des clameurs

tellement accordée à la chaleur des tropiques.

Soudain je me sentais un autre homme

j'oubliais tous mes pensums

heureux de la présence à mes côtés

d'une jolie femme un peu excitée

de faire partager les joies de son enfance

les flammes de son adolescence.

Brusquement en quelques instant

le soleil nous tira sa révérence

Dans l'obscurité naissante

ta main soudain rejoignit la mienne

tandis que ma bouche

rejoignant le tienne faisait mouche

tu m'entraînas dans un petit resto

à deux pas de la mer

dont il gardait l'odeur

et préservait la saveur

Avec ta suave autorité

tu me commandas des mets épicés

des crevettes étrangement saucées

qui me firent oublier le beefteak-frites

qui pourtant chez moi est un rite.

Tes yeux devinrent peu à peu plus brillants

comme ce vin chatoyant

dont la chaleur joyeuse

rendait nos mains toujours plus audacieuses.

De notre retour à l'hôtel

bras-dessus, bras dessous

ne me demandez pas l'itinéraire

J'avais tellement mieux à faire

Enfin nous voici dans notre chambre

Tu me souris toute consentante

Je m'approche électrisé

pour t'embrasser

quand brusquement tout s'effondre

et disparaît dans l'ombre

Je me retrouve ridicule

dans mon véhicule.

La cassette vient de s'achever

Tous mon rêve est cassé

Le gris et le froid

ont repris leur droit

Les canards semblent si heureux

que je leur en veux un peu

Il ne me reste de toi que ces souvenirs

d'un monde encore inconnu à découvrir

Mais tu es, je le sais, mon meilleur avenir

Ta cassette s'est tue

mais ma soif de toi perdure !

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