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Publié par YVAN BALCHOY

Dans la café international,

Je t’ai expliqué le visage tout pâle

et par la colère désarçonné

“ La gendarmerie vient d’assassiner

un jeune dans un quartier immigré. ”

“ Il était sûrement basané

venait d’un pays de disette,

et s’appelait sans doute Mahomet ”

m’as tu répondu d’un air las

et j’ai compris à ce moment-là

combien tu en avais marre

de ce perpétuel cauchemar

qui est le quotidien

de tant de nos citoyens

qui ont pour simple tort,

d’avoir un mauvais passeport

une mine exotique

une étrange génétique

qui en font les suspect parfaits

de tant de méfaits

pour une police trop souvent pourrie

sans parler de la gendarmerie

qui associe l’étranger

à une menace de danger.

Prenant alors mon volant

il me vint en roulant

l’envie d’aller vérifier sur place

comment les habitants

souvent musulmans

de ces quartiers délabrés

en qui la radio

qui n’en n’est pas à son premier ragot

ne voit souvent qu’une populace,

aussi inculte qu’illettrée,

réagissent à la mort d’un de leurs fils,

victime d’une certaine justice

impitoyable pour les petits délits,

aveugle quand il s’agit des nantis.

Me voici chaussée de Mons,

tout est calme,

aucun coup de semonce,

pas même un procès verbal.

Je me demande si je n’ai pas été abusé

par une fausse publicité

Je vire à gauche,

quelle métamorphose

Brusquement une mer de flashs

jouant à cache-cache

me gomme la nuit

c’est la terreur qui luit

Une dizaine de camionnettes noires

avec leur gyrophares assommoirs

entourés d’une centaines de silhouettes

vêtues d’odieuses et sombres salopettes

mélange de verre et d’acier imbécile

et tout autour une multitude fragile :

jeunes garçons en train de gesticuler

jeunes femmes parfois voilées,

vieillards en djellaba,

foule blessée et solidaire

d’où jaillit le brouhahas

d’un peuple en colère

pleurant un garçon lâchement abattu

au nom de je ne sais quel sous-entendu

aussi pitoyable que minable.

et révolté par sa fin inacceptable.

Devant moi, presque joyeux

un gendarme et une gendarmette

au pied de leur camionnette

se congratulent l’air heureux

imperméables à cette souffrance

à ce flot de désespérance

qui les entoure à peine menaçante.

Leur spectacle me dégoûte

et c’est avec peine que je poursuis ma route

suivant deux autopompes

étranges mastodontes

progressant en doublet

qui tel un gigantesque ballet

repousse une foule que je devine

révoltée et mutine.

Tout le long des rues

débarrassées des intrus

des habitants du quartiers

commentent d’un air attristé

la mort d’un des leurs

un ce ceux qu’on appelle parfois “ beurs ”.

Ils me content dans le menu détail

leur exaspération.

D’être traités comme bétail.

humiliés avec application

par le même agent

aussi obstiné que diligent

qui n’hésite pas à réclamer

aux jeunes du quartier

jusqu'à trois fois par jour

leur carte d’identité

ou leur permis de séjour,

trop heureux de les appréhender

si d’aventure exaspérés,

ils finissent par se révolter.

Près de ces simples gens

qui me parlent doucement

ou me regardent tristement,

je me sens tout en sécurité,

alors que tout à l’heure, devant les képis

des forces d’un ordre

si souvent créateur de désordre

je me sentais en terrain ennemi.

Alors, brusquement je me rappelle

la manifestation des jeunes rebelles

en hommage aux victimes de la répression

et j’invite mes frères et soeurs immigrés

si souvent dénigrés

même s’ils partagent ma nationalité

à se joindre à notre marche

afin qu’elle devienne une commune démarche

du peuple tout entier

décidé à défier

ceux qui ne cessent de le berner

ou de l’humilier.

Mon message est bien reçu

et tout aussi vite diffus

grâce à ces jeunes qui discrètement le propagent

dans leur proche voisinage.

Plus tard que ce fut lassant

de retrouver mon chemin

dans ce chaos inhumain

Heureusement de jeunes passants

m’aidèrent à éviter les nombreux barrages

qui bloquaient tout passage

vers le reste de la ville

restée apparemment docile

qu’il fallait à tout prix isoler

de tous ces “ émeutiers ”.

emprisonnés dans leur quartier.

Mais en retrouvant à la gare du Midi

le calme d’une ville presque endormie,

je m’en retournai le cœur affermi

décidé plus que jamais

à lutter désormais

pour que soit aussi rendu justice

aux victimes des polices

et avec tous les laissés pour compte

rejetés par les autopompes

d’oeuvrer pour une autre société

dont sera bannie l’exploitation

grâce à la solidarité

qui naîtra de la Révolution.

le 28 février 1998

à Nadia

Yvan Balchoy

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