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Publié par YVAN BALCHOY

LES BELLES HISTOIRES Ils sont beaux comme des acteurs de cinéma burinés par la vie, ils ont dans les yeux les couleurs du voyage, ils sont debout, leurs enfants magnifiques et crasseux dans les bras, et quand ils vous parlent ça sent le pays, les pays, la peur, la douleur et l’espoir. Leurs histoires sont magnifiques et incroyables. Ils arrivent de loin, dans tous les sens du terme et ils y sont encore, puisque nulle part on ne veut d’eux.

Ils sont des clients idéaux. Pour des cinéastes, des journalistes, des conteurs. Des familles arrivées en camion, des enfants arrivés à pied, des vieillards arrivés on ne sait comment, des maisons sacrifiées aux passeurs, des familles abandonnées au pays, à qui on ne raconte pas, ou alors que tout va bien

. Ils n’ont aucun droit. Ils risquent l’expulsion chaque minute. La plupart se cachent, serrent les fesses à chaque policier, à chaque contrôle dans les transports en commun, mais certains se battent, manifestent, racontent, font la grève de la faim, revendiquent. S’exposent. Entourés de citoyens, d’associations, d’avocats, de défenseurs de ces Droits de l’Homme bafoués chaque jour par ceux qui s’en revendiquent.

Ils sont des clients idéaux, les feraient pleurer dans les chaumières les plus austères et pourtant personne n’en veut ou presque. Des Afghans, des Rom, des Guinéens, des Sierra-Leonais, des Syriens…Ni chez nous, ni dans nos medias. Ou si peu …

Quant à nos dirigeants, ils sont Charlie et ils vont rendre hommage au roi d’Arabie Saoudite, où on fouette un blogueur parce qu’il a ouvert un débat. Ils sont droit de l’Hommistes et laissent croupir des gens à la rue. Ils sont antidjihadistes et organisent un mondial au Qatar.

Et les journaux publient Charlie, l’Arabie Saoudite, le foot. Mais la belle histoire de Mobeb, Mamadu ou Saraz. Pas le chagrin d’un ado perdu à des milliers de kilomètres des siens, pas la douleur d’une mère qui n’a qu’un sein vide à offrir à son bébé, pas la colère d’un père qui crie son désespoir. Pas leurs combats, pas leurs prises de paroles courageuses dans la rue, cernée par des policiers qui pourraient les emmener en centre fermé, pas leurs survie dans des squats, pas les jeux de leurs enfants, pas un vieux ballon crevé dans un sale terrain vague…

Ils sont Charlie, mais ils ne savent pas ce que ça veut dire. Sauf quelques-uns, très rares. Des Charlie, des vrais.

Anne Löwenthal

Publié sous le tire « LES BELLES HISTORES » dans le numéro 2 du nouveau solidaire mensuel du P.T.B. page 66. Pour vous abonner (50 euros par an ou 40 (tarif réduit) tel au 003225040124 lundi et mardi de 9 h à 17 h.

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