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Publié par YVAN BALCHOY

Un des plus anciens dessins de Vincent

Je ne pouvais pas laisser de côté une pareille occasion de découvrir une autre palette de la peinture et des dessins du grand Vincent lorsqu’il vécut chez nous au Borinage d’abord comme pasteur évangéliste un peu hors du commun puis quand il choisit de devenir peindre.

Mons est actuellement capitale européenne de la culture et je m’y suis rendu dans le souvenir encore vivace dans ma mémoire de Lille qui occupa la même place, il y a quelques années.

Je sais bien qu’on construit actuellement une nouvelle gare dans la cité du Doudou, mais je dois avouer qu’à l’arrivée du train j’ai été déçu par le désordre apparent de la gare et de ses environs avec très peu d’indications de ce qui se passait en ville.

Je n’ai pas trouvé, sans doute de ma faute les bus gratuits qui vont dans le centre de la ville ; voilà sans doute pourquoi le chemin jusqu’à la Grand Place m’a paru assez long.

La ville de Mons est coquette en tout temps et je l’ai donc bien retrouvée comme je l’avais admirée, à ma dernière visite, mais de l’année culturelle, je n’ai guère vu que quelques mots poétiques à la devanture de certains cafés mais très peu pour ne pas dire aucune indication sur les sites à visiter à travers la ville.

Grâce à la gentillesse des personnes rencontrée, je suis arrivé à la grand place. Il n’en demeure pas moins que ce « jardin du maïeur » comme l’appelle une plaque incrustée dans le sol avait toujours son élégance joyeuse qui en fait le charme.

Mais si intéressante soit la capitale du Borinage, je n’ai à aucun moment oublié que j’y venais cette fois retrouver le grand Vincent, tout près des lieux où il tenta , il y a plus d’un siècle, d’évangéliser les mineurs en vivant le plus possible avec eux et souvent comme eux.

J’ai commencé l’exposition à l’envers en parcourant d’abord l’étage inférieur où ce que je vis du grand peintre hollandais concernait davantage son pays natal, l’attachement qu’il portait au monde du travail, tout particulièrement les tisserands, passionné qu’il était, c’est évident, par les l’association évidente entre les grands métiers à tisser et l’homme qui les faisait fonctionner.

Bien entendu quelques tableaux du paysage de sa jeunesse laissaient entrevoir en germe le talent et la façon unique de peindre du grand Vincent, fils d’un pasteur et très marqué par les activités spirituelles de son père.

A plusieurs endroits, nous avons l’occasion de lire en néerlandais d’abord puis en français les merveilleuses lettre de Vincent à son frère Théo qui nous révèlent l’humilité de ce grand génie de l’humanité qui loin d’être sûr de lui en tout, avait pourtant une idée assez claire de ce qu’il voulait réaliser en expliquant à propos de son dernier tableau pourquoi il a choisi telle ou telle couleur.

Quand, croyant avoir terminé une exposition passionnante mais que je trouvais un peu courte un guide nous incita à gagner l’étage je trouvai enfin davantage ce pourquoi j’étais venu à Mons , en découvrant davantage l’époque ou Vincent, tendant sans doute d’être à la hauteur de son père, a tenté d’annoncer l’Evangile à une population exploitée, vivant des conditions que je trouve inhumaines dans la vie courante très misérables et pire encore des condition de travail extrêmement dangereux avec , en dépit de la grande solidarité qui unissait les mineurs une sécurité déplorable.

Je ne crois pas que ce misérabilisme à deux pas du centre de Mons gênait particulièrement les bourgeois catholiques ni les libéraux qui sont tout le contraire de ce qu’ils affirment.

Vincent face à ce qu’il considérait peut-être comme une hypocrisie de la part des bien-pensants professant un christianisme dévitalisé, catholique ou protestant, réagit en vivant le plus possible ce qu'il considérait comme sa vocation, en s’habillant comme ceux auxquels il apportait la bonne nouvelle et mangeant comme eux, c’est-à-dire très mal, au grand scandale des autorités religieuse de son église qui assez vite se débarrassèrent de lui comme leur représentant…

Vincent tenta bien de continuer tout seul sa lutte pour annoncer Jésus à ses frères et sœurs vivant de la mine mais il ne fut sans doute pas compris, souvent moqué et peu à peu, commençant par dessiner ce milieu dramatique où il vivant, il y trouva un nouveau but qui le mena un jour par le train d’abord puis dans une très longue marche à pied chez un peintre connu dans le Nord de la France. Pourtant, arrivé chez lui, il n’osa aller le déranger et rentra de la même façon ? Mais le jeune hollandais qui revint au Borinage n’était plus le candidat pasteur d’hier convaincu qu’il était qu’il lui fallait fréquenter l’enseignement de la peinture pour s’améliorer professionnellement.

Ce ne fut pas une tâche facile, car Vincent, aimant le travail bien fait, comme en témoignent les nombreux tableaux de tisserand au travail qu’il nous a laissés, n’était pas non plus homme à abandonner ses convictions profondes pour réaliser ses tableaux. Ainsi lors d’un concours, à Bruxelles, je crois, il termina bon dernier sa peinture n’ayant sans doute rien à voir avec l’académisme qui était à l’honneur dans les académies artistiques.

Dans l’étage supérieur, se trouvait davantage d’allusion à la période boraine, bien que ce soient surtout sous la forme d’un film qu’ont été présentées des œuvres de cette époque, souvent des dessins en noir et blanc très proches de la vie des mineurs.

Très intéressant aussi la manière dont Vincent copia en les remodélisant à sa façon, en les coloriant parfois des œuvres par exemple de Millet ou en s’essayant au nu, qui ne sera guère son style préféré.

Bref, l’apprentissage de Van Gogh, assez gauche (dans le respect des perspectives par exemple) au départ, fut le résultat d’une longue recherche auprès de ses ainés sans perdre pour autant sa personnalité.

Pour terminer, je voudrais signaler que j’ai été très étonné de voir comment pendant sa courte vie, Van Gogh n’a guère consacré à la peinture que ses dix dernières années et même si l’on considère les œuvres qui en font aujourd’hui un des plus grands peintres de l’humanité les deux ou trois dernières années. Qu’avons perdu, malheureusement en oeuvres géniales par sa mort prématurée puisqu’il débutait seulement, à un rythme très élevé, c’est vrai, à Saint Remy puis à Auvers sur Oise.

Autre découverte significative de cet expo ; l’importance que Vincent apportait à l’homme travailleur, je pense tout particulière à ces portraits de tisserands qui me semble devant être consacré au travailleur en tant que créateur et à son matériel présenté d’une façon très réaliste contrairement à son œuvre à la fin de sa vie.

Van Gogh fut certes un visionnaire de génie qui nous a prouvé combien la peinture est différente de la photographie de monsieur tout le monde mais il fut aussi comme évangéliste d’abord, comme peintre débutant ensuite un artiste attaché au monde du travail et à la misère des plus pauvres.

Merci à ceux qui ont préparé cette exposition d’avoir bien mis en valeurs combien ce jeune brabançon hollandais était en un certain sens proche du courant socialiste de la fin du XIX ère siècle.

Pour terminer cet article, je vous partager quelques photos prises dans cette belle cité boraine.

Mineurs en marche dans la région de Borinage

Mineurs en marche dans la région de Borinage

Grand Place de Mons

Grand Place de Mons

EXPOSITION VINCENT VAN GOGH AU BORINAGE (REEDITION)
EXPOSITION VINCENT VAN GOGH AU BORINAGE (REEDITION)
EXPOSITION VINCENT VAN GOGH AU BORINAGE (REEDITION)
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