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  • 13/02/1936
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  • Ce que j'ai envie de dire de moi, vous pouvez l'imaginer à partir de mes articles et surtout de ma poésie
Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /2007 23:38

Vers 1877, à l’époque où notre auteur élabore son projet des Karamazov, un manuscrit anonyme lui tombe entre les mains et l’enthousiasme. « J’ai rarement lu quelque chose de plus logique… Je me suis si bien assimilé ces pensées qu’elles me semblent personnelles (80)

Il s’agissait de la « philosophie de l’œuvre commune », ouvrage de Nicolas Fédorov (81) Dostoïevski fait part à V. Soloviev de sa découverte ; tous deux s’enthousiasment sur le « devoir de la résurrection des ancêtres », idée centrale de Fédorov.

L’influence de ce curieux penseur apocalyptique apparaît déjà dans « Le songe d’un homme ridicule », écrit par Dostoïevski peu de temps après la lecture du manuscrit de la « philosophie de l’œuvre commune », mais elle est surtout manifeste dans la composition des « Frères Karamazov ». Passionné toujours davantage par l’orthodoxie russe, il accompagne Soloviec à Optina Poustine où il va visiter le staretz Ambroise, scène qu’il a contée dans « les frères Karamazov » Il en résulte une sacralisation croissante de son œuvre romanesque qui ne se fit ni en un jour ni de façon uniforme. Comparé à l’Idiot, les Démons (1871), puis l’Adolescent (1875) peuvent sembler un pas en arrière, mais le doux et passionné Chatov ainsi que le paisible et joyeux Makar, nous présentent une image hautement positive de la Foi chrétienne.

En revanche les personnages « négatifs », le plus souvent athées, s’enferment toujours davantage dans l’horrible et la perversion morale. L’antithèse bien mal prend une proportion gigantesque. Souvent même l’absurde semble triompher : les démons se terminent par une hécatombe générale que vient clore le suicide froid et raisonné de Stravoguine, sorte de damné vivant. L’adolescent s’achève aussi sur une perspective catastrophique, bien qu’un ténu espoir subsiste du triomphe final du bien. (82)

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /2007 23:35

Désormais sa foi, issue de l’adversité, sera à la base de tous ses sentiments. (77) Il semble de plus en plus convaincu que la Foi au Christ peut seule fonder parfaitement la grandeur de la personne humaine. Dans l’orthodoxie, aucun antagonisme n’oppose plus Dieu à l’homme.

 Bien au contraire, la dignité de ce dernier est plus assurée que jamais puisqu’elle repose sur celle de Dieu sans se confondre avec Lui. La liberté humaine pourrait-elle trouver un appui plus sûr que l’Amour du Père que nous a révélé le Christ ?

Cette certitude s’incruste peu à peu en son cœur et en son esprit. L’histoire de sa vie spirituelle se déroule désormais à l’opposé de ce qu’elle a été au temps de sa jeunesse incroyante. En son époque socialiste, Dostoïevski pour n’avoir pas à renier son idéal moral chrétien l’avait sécularisé le plus possible. Aujourd’hui, ne voulant plus raisonner qu’en Chrétien, il recherche pour toutes les causes qu’il défend des fondements religieux.

 Son œuvre porte désormais la marque d’une sacralisation croissante de toutes les valeurs profanes. (78) Deux rencontres exceptionnelles vont lui permettre d’approfondir cette découverte. En 1873, Dostoïevski fait la connaissance d’un jeune et brillant étudiant de v vingt an s, fils d’un des plus grands historiens de la Russie, Vladimir Soloviev.

Le jeune homme étonne tout le saint Pétersbourg intellectuel par la maturité de son jugement. A partir de 1987-1877, il devient l’ami intime de Fédor Mikhaïlovitch. (79)

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /2007 23:28

Plus conscient que jamais des ravages de la négation de Dieu et de la réduction universelle au déterminisme scientifique, dans la société, il décide de combattre désormais férocement le socialisme.

A la fin de sa vie, il jugera encore très durement son adhésion passée « Ainsi nous prenions pour l’arrivée au but ce qui constitue le comble de l’égoïsme, le comble de la barbarie, de l’absurdité, du désordre économique, le comble de l’offense à la personne humaine, ce qui représente pour l’homme l’anéantissement de toute liberté individuelle. » (74)

 S’il éprouve bien plus de difficultés à se débarrasser de l’idéalisme dans lequel s’était moulé sa formation intellectuelle, il ne lui est pas pour autant possible de se rallier au rationalisme qui fait fi de la liberté humaine. Une dernière issue lui reste : la foi orthodoxe, le Dieu Père, Fils et Esprit, dont l’amour pour les hommes a été révélé par le Christ.

Il s’y engage loyalement malgré quelques hésitations. Il y est fortement encouragé à l’époque de son second mariage (1867) par sa femme, croyante fervente.

Dès lors l’évolution ultérieure de sa pensée est plus claire. Son patriotisme fougueux le rapproche des slavophiles et des panslaves, (75) qui l’aident à revenir à une conception plus orthodoxe de la foi chrétienne. Il revient à une pratique religieuse normale.

Et bientôt ce ne sera plus tant l’absurde d’un monde sans Dieu que la beauté morale du Christianisme qui animera ses convictions. Crime et Châtiment laisse déjà percevoir le chemin parcouru.

 Dans l’Idiot, roman à la tonalité encore très sombre (1868) le romancier reconnaît comme l’essence même de la Foi le paternité réelle de Dieu «  qui ressent de la joie pour l’homme comme un père pour son enfant » (76)

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 23:27

En quelques instants, Ghislain remonta vers la digue face au Casino ou Cholenka lui avait donné rendez-vous.

 

            Il n'était pas loin de huit heures moins le quart. Pourvu que la jeune fille l'ait entendu. En débouchant sur la digue, le jeune homme fut frappé par la couleur du ciel, gris cendre qui se reflétait dans la mer, tandis qu'une bourrasque soulevait ça et là le sable et en tapissait la digue où des promeneurs plutôt rares se hâtaient en s'abritant autant qu'ils le pouvaient.

 

            La marée était haute et les vagues venaient caresser les petites cabanes des baigneurs.

 

            Au pied des marches du Casino, Ghislain eut beau scruter devant lui, à gauche puis à droite, aucune trace de la jeune fille. Une affiche annonçait l'exposition d'un peintre cette semaine. En haut des marches, il remarqua une foule bien habillée, un verre à la main. Et si elle était là ? Il gravit les marches, essaya de se mêler à l'assistance snob qui s'y entassait : aussitôt un groom s'interposa et poliment mais fermement le repoussa :

 

            « C'est une soirée privée, monsieur. »

 

            Ghislain redescendit à regret les marches et attendit une dizaine de minutes la venue de plus en plus hypothétique de celle qu'il était venu rejoindre.

 

            Bien sûr,  il était en retard, mais en sa tête il entendait encore la voix apeurée de la jeune fille au téléphone face à cet Igor qui manifestement lui cherchait noise à Cholenka. S'éloignant du Casino il se dirigea vers le Carlton, dévisageant lentement dans chaque café ou restaurant les clients, recherchant le nom de tous les immeubles qu'il longeait. Il trouva bientôt l' Aquarium et se rapprocha de la mer, scrutant chaque étage dans l'espoir de retrouver la silhouette si désirée. Il vit bien une ombre élancée qui aurait pu être sa « Cholenka », mais lorsqu' »elle » se tourna vers la dingue, il sourit de sa bévue, c'était un jeune garçon. Un peu plus loin,  il remarqua le long de la mer un imperméable rouge d'une rare élégance et crut à nouveau reconnaître la jeune mannequin. Hâtant le pas, il la rejoignit bientôt et faillit éclater de rire devant le barbu qu'il avait pris de dos pour une jolie fille.

 

            Il était parvenu à présent au bout de la digue à proximité du Carlton. Une rangée de cabines téléphoniques s'étirait gentiment le long des voies du tram. Il avait envie de téléphoner, mais à qui et comment expliquer qu'il cherchait une pension ou un hôtel commençant par « AK… »

 

            Il emprunta alors la rue principale, scrutant chaque façade avec attention, un fol espoir l'animait en dépit de sa raison qui ne cessait de lui prêcher qu'il perdait son temps et n'avait pas une chance sur mille de retrouver sa belle inconnue. Il était à présent huit heures et quart,  la nuit tombait peu à peu, les enseignes lumineuses transformaient les rues commerçantes en une sorte de foire du Trône. Tout à coup, instinctivement il emprunta une petite ruelle, intrigué par l'enseigne d'une pension de famille. C'est alors que l'incident se produisit :

 

            Une ombre surgit brusquement devant lui et avant qu'il puisse esquisser le moindre geste de défense, il se retrouva à terrer, le joue droite tuméfiée par un violent coup de poing.

 

            -« Alors, jeune homme, on continue à faire le con ! On t'avait pourtant gentiment prévenu à Bruxelles que tu avais mis les doigts dans une affaire dangereuse. Notre patron te donne une dernière chance, sinon ce sera l'hôpital ou peut-être la morgue.

 

            Les yeux larmoyants, Ghislain était incapable de distinguer dans l'obscurité son ou ses agresseurs ; il lui sembla qu'il étaient deux. En revanche il avait bien reconnu la voix d'un des deux trouble-fête de la Porte de Namur. Que faisait-il ici ?

 

            « Tu as compris, reprit une autre voix plus âgée. On s'en va, Igor, je crois qu'il a son compte pour ce soir et qu'il va sagement rentrer à la maison pour retrouver papa et maman.

 

            Ils s'éloignèrent rapidement le laissant hébété sur les pavés humides.

 

            Le jeune étudiant n'avait plus qu'une idée en tête, Igor. Quel lien entre sa « Cholenka » et ces petits malfrats ?

 

            Il se releva péniblement, une passante le dévisagea avec dégoût :

 

            « Nog eeen dronkaard. »

 

            Elle le prenait manifestement pour un ivrogne ayant fait une mauvaise chute. Ce n'était pas le moment de s'expliquer. Il avait bien son compte pour ce soir. Décidément si Cholenka semblait moins farouche que Solange, sa compagnie était loin d'être une sinécure. Encore fallait-il savoir s'il avait eu affaire à une seule Solange-Cholenka ou à deux jeunes filles différentes ?

 

            Boitillant un peu, il regagna à petits pas l'arrêt du tram par la digue. Tout groggy qu'il était, il continuait à jeter un coup d'œil rapide sur les salles de restaurant ainsi que le nom des immeubles qu'il longeait : il vit bien un « Aquitaine », terme qui pouvait bien correspondre à ce que Cholenka avait voulu lui dire, mais derrière la seule fenêtre allumée au premier étage, il ne distingua qu'une silhouette massive tout à l'opposé de sa jolie mannequin. Trop fatigué pour insister, il reprit péniblement sa marche.

 

            Il faisait franchement nuit à présent. Un regard sur les horaires le fit frissonner : le prochain tram passait à 9H 15, dans vingt bonnes minutes. Il ne serait pas chez lui avant minuit.

 

            Le trajet jusqu'Ostende dans un tramway presque vide fut assez pénible. Le paysage qui tout à l'heure l'exaltait par son aspect sauvage n'était plus qu'une masse lugubre traversée ça et là par les phares des voitures sur la route voisine.

 

            Dans le train, douillettement recroquevillé au fond d'une banquette, il sommeilla tout le long du trajet qui le ramenait à Namur.

 

            Arrivé à destination, contrairement à toutes ses habitudes, il prit un taxi, y laissant ses dernières économies. Il avait envie de tout balancer au diable, Solange, Cholenka, Richard et Igor pour retrouver sa petite vie tranquille d'hier.

 

            Tout dormait chez lui ; se débarrassant sauvagement de ses chaussures, il grimpa doucement dans sa chambre, se laissa tomber tout habillé sur le lit et aussitôt sombra en un sommeil aussi agité que profond.

 

 

 

            Après ce week-end agité, Ghislain retrouva une vie sans histoire en même temps que ses cours à l'université.

 

            A la maison,  il avait du inventer une sombre bagarre de cabaret où il se serait laisser entraîner, ce qui, bien entendu, lui valut une sérieuse réprimande de ses parents et pas mal de moqueries de ses frères et sœurs.

 

            Il s'efforçait d'oublier l'accident de chemin de fer et tout ce qui l'avait suivi.

 

            Certes le visage de Solange Cholenka continuait à le hanter durant ses moments de spleen et surtout au cœur de ses nuits. La journée, ses études lui occupaient l'esprit et lui rendait une sorte d'équilibre intérieur.

 

            Les jours fous et passionnants du mois précédents ne lui paraissaient plus qu'une merveilleuse parenthèse en sa vie.

 

 

            Il chercha bien entendu de nouveaux pôles d'intérêt, comme dérivation à l'austérité de ses études. Mais ni le sport en salle qu'il essaya quelques soirées ni les tournois d'échecs ne réussirent à dissiper l'ennui où sa vie se noyait chaque jour davantage.

 

            Un mois avait à présent passé depuis l'épisode de Middelkerke.

 

            Ce matin-là, en route vers l'unif, ayant réussi pour une fois à semer ses copins « collants », il ouvrit avec délectation sa « Libre » qui fleurait l'encre fraiched et se plongea dans la rubrique : « la journée ».

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 22:53

Il trouva enfin le numéro de l'ambassade qui, au dire de monsieur Bernard, couvrait en quelque sorte la jeune mannequin. Il appela et on le renvoya à un autre organisme de coordination des artistes, puis à un troisième numéro qui en fin de compte voulut le renvoyer à son point de départ, l'ambassade. Bref, beaucoup d'appels pour un résultat nul. Deux fois pourtant, on lui avait demandé ses coordonnées, pour pouvoir le rappeler ultérieurement. Devenu méfiant, Ghislain s'empressa de leur communiquer une identité bidon.

 

 

 

 

            En quittant, relativement optimistes les R.T.T., Ghislain retourna chez lui pour y attendre le coup de fil hypothétique de Solange ou ; il allait devoir expliquer son retour anticipé à la maison et chercha tout au long du voyage une excuse plausible capable d'apaiiser les inquiétudes de sa mère toujours sur le qui-vive lorsqu'il s'agissait de ses études. Il était presque dix heures. Il dirait qu'un copain l'avait averti à la gare qu'une grève venait d'éclater en sa faculté à cause de la sévérité excessive d'un professeur.

 

 

            Chez lui, il n'y avait personne, son père était au bureau  et sa mère, sans doute, à une de ses innombrables réunions de femmes chrétiennes de Saint Paul ou de Saint Jacques qui l'agaçaient au plus haut point.

 

 

            Il se réfugia en sa chambre, tout en laissant la porte ouverte pour entendre le téléphone. Chaque fois que ce qu'il appelait comme son père l le « moulin à café » se faisait entendre, il descendait quatre à quatre les escaliers pour se faire entendre que le steak commandé par Madame Mignolet serait livré dans le courant de l'après-midi ou que la baronne de Durempain serait heureuse de recevoir Monsieur et Madame Mignolet pour une partie de Bridge samedi soir.

 

 

Le repas de midi pris avec sa mère fut sans histoire. Elle lui raconta au long et en détail sa réunion ; il regagna ensuite sa chambre, prit un Maigret dans sa bibliothèque ; se laissant tomber sur son lit, il se plongea dans une enquête qui, bien que située à Paris, lui semblait sortir toute droite de la Cité ardente. Au bout de quelques minutes, le roman roula sur le sol et le garçon s'endormit.

 

 

      Brusquement le garçon fut réveillé par la voie aiguë de sa mère.

 

 

« Ghislain, le téléphone, c'est urgent ! »

 

 

 

 

Il ne lui fallut qu'une seconde pour bondir de son lit et descendre vers le téléphone situé dans un coin du bureau paternel. Madame Mignolet lui tendit le cornet :

 

 

 

 

      « C'est, je crois une de tes amies étudiantes »

 

 

Prenant fermement le combiné :

 

 

 

 

            « Laisse-moi, maman, je me débrouillerai bien tout seul. »

 

 

            Tandis que Madame Mignolet s'en allait à regret, Ghislain interrogea :

 

 

 

 

            « Allô, qui est à l'appareil ? »

 

 

            Il frissonna en entendant la voix de son interlocutrice tant elle lui rappelait celle de Solange en un sens, tant aussi elle s'en différenciait par son accent slave mis en évidence.

 

 

 

 

-Excusez-moi, monsieur de vous déranger, mais il paraît que vous me cherchez. Je serais ravie de vous rencontrer, car vous m'êtes très sympathique et je pense que vous pourriez  peut-être m'aider. »

 

 

 

 

-« Oui, je serais heureux de vous rencontrer le plus vite possible, donnez-moi, s'il vous plait, un lei de rendez-vous. »

 

 

 

 

--« Ecoutez, aujourd'hui, c'est un peu difficile, vous connaissez Middelkerque près d'Ostende. J'y serai ce soir et nous pourrions nous rencontrer pour un moment, disons à 19H30 devant le Kursaaal. Je sais que c'est un trajet important pour vous mais.. Je dois m'absenter pendant plusieurs jours sinon plusieurs semaines…. Mais tais-toi, Igor, laisse moi téléphoner en paix.. J'appelle seulement un vieil ami, excusez-moi, Monsieur Mignolet. »

 

 

 

 

-« Je serai à votre rendez-vous, merci, vous être une chic fille, vous ne regretterez pas de m'avoir fait confiance »

 

 

 

 

-« Si jamais vous ne me trouviez pas devant le Kursaal, vous pourriez me retrouver à la pension de … Arrête, Igor, tu me fais mal… Excusez-moi à la pension de AK… »

 

 

 

 

La communication fut brutalement coupée. Manifestement Cholenka avait des problèmes sérieux.

 

 

 

 

 

 

Plus tard, au guichet on lui dit que le prochain train pour Ostende partait dans vingt minutes, il fallait changer à Bruxelles où il avait une correspondance difficile : juste trois minutes. S'il l'obtenait, il serait à Ostende vers 18h, il devait alors prendre le tram du littoral pour atteindre Middelkerque.

 

 

            Jamais voyage ne lui parut aussi long ; il n'avait ni livre ni journal pour échapper à l'emprise et à la nervosité de l'attente. A Bruxelles, son tain avait, bien entendu, cinq minutes de retard et il rata sa correspondance. En retard au rendez-vous, verrait-il encore la jeune fille ? Qui était ce mystérieux compagnon dont elle semblait avoir si peur ?

 

 

            La matinée avait été ensoleillée mais le ciel était devenu peu à peu gris en même temps qu'un vent violent se levait.

 

 

            Il était  sept heures deux lorsque le train s'arrêta en gare d'Ostende. Sans perdre une seconde, il se pressa vers l'arrêt du célèbre tramway qui relie Knokke à La Panne en passant par toutes les stations balnéaires de la côte belge. Le tram venait d'y arriver : il eut juste le temps de s'y hisser.

 

 

            D'Ostende à Middelkerke, il y a environ huit kilomètres ; dès que le tramway eut quitté la ville et ses faubourgs, il longea la mer tandis que sur sa gauche des dunes sablonneuses s'étendaient à perdre de vue. Le spectacle en valait la peine. Le ciel était gris, le vent soufflant en rafale projetait du sable sur la route et les rails.

 

 

            Bientôt des silhouettes d'immeubles importants barrèrent l'horizon ; le tramway longea un horrible mastodonte, le Carlton et s'engagea dans les rues animées de Middelkerke.

 

 

           

Yan Balchoy

balchoy@belgacom.netv

 

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Jeudi 19 juillet 2007 4 19 /07 /2007 22:49

Il se trouvait dans une vieille place sombre éclairée timidement par un réverbère à gaz. Cholenka, appuyée contre un e gigantesque affiche lui tendait en souriant un pot de yaourt. Elle portait une robe ultra courte qui révélait plutôt ce qu'elle était censée cacher. Elle tira de son corsage une cuillère, l'enfonça dans la crème onctueuse et la tendit vers sa bouche. Ce simple geste suffit à faire tomber son si mince vêtement et elle se trouva nue devant lui. Mange, lui dit-elle, c'est excellent pour la forme. Ghislain ouvrit la bouche et elle le nourrit comme un petit enfant ; le yaourt avait un goût de framboise qui le ravit. Il admirait le merveilleux délié de ce corps qu'il avait si souvent imaginé ; la jeune femme avait à présent laissé tomber pot et cuillère, elle se lova dans ses bras et lui tendit amoureusement les lèvres. Comment résister à une telle séduction ?

 

            Le garçon tendit à son tout maladroitement sa bouche vers les lèvres vermeilles de sa compagne.

 

            Brusquement un flot de lumière les éblouit de toutes parts, une foule de passants les regardait d'un air sévère en silence tandis qu'un carillon de cloches au son disgracieux lui cassait les oreilles.

 

            Furieux l'étudiant ouvrit les yeux et envoya à l'autre bout de la pièce le réveil qui venait de mettre fin à son beau rêve tout en le ramenant à la dire réalité. Il était sept heures.

 

            Ce matin-là, il n'avait pas de cours à Liège avant 10 heures trente. Il prit donc le temps de savourer ses grillées au fromage blanc. Son père déjeunait en même temps  ; il lui posa quelques questions sur ses études ; Ghislainlui répondit sommairement, juste le strict minimum, tout en continuant son monologue intérieur que rien ni personne ne pouvait vraiment briser.

 

 

            A la fin du repas, la servante apporta à Monsieur Mignet le courrier du jour, un journal sous bande, quelques factures ainsi que deux lettres : « tiens, peux-tu remettre cette lettre à ta sœur, et celle-ci est pour toi.

 

Qui pouvait bien lui écrire ? Monsieur Bernard de l'Agence, non, l'enveloppe utilisée n'avait rien de commercial. L'écriture de l'adresse rédigée à l'encre violette semblait féminine. Elle était curieusement rédigée

 

            « Pour MIGNOLET Gh

 

        en ville »

 

et ne comportait ni timbre ni cachet postal.

 

            Faisant l'indifférent, le jeune universitaire glissa la lettre dans la poche de sa veste et posément regagna sa chambre. Il s'y enferma à double tout avant d'ouvrir, de déchirer plutôt l'enveloppe : à l'intérieur quelques lignes d'une petite écriture, différente de celle de l'enveloppe, mais féminine sûrement également.

 

 

                        « Monsieur et ami,

 

                    Nous nous sommes rencontrés, il y a peu, lors d'évènements tragiques ; je ne puis vous

 

                    Cacher que ce qui s'est passé entre nous me laisse au cœur un souvenir ému.

 

                     Je sais que vous cherchez à me revoir, je vous en prie, pour l'amour de Dieu, renoncez

 

                     A votre projet ; un grand danger pèserait sur vous, sur moi et sans doute sur une

 

                     Multitude d'innocents. Je ne puis malheureusement vous en dire plus.

 

                     C'EST UNE QUESTION DE VIE ET DE MORT !

 

                     Pardonnez-moi, j'aurais tant aimé vous revoir,

 

                     Adieu, ami de mon cœur

 

 

                                                                                                      Solange

 

 

 

Ghislain relisait pour la vingtième fois peut-être la petite feuille de papier, il la porta à ses lèvres. Loin de le pousser à l'abandon, comme le lui suggérait la jeune fille, il était plus décidé que jamais à poursuivre ses recherches certes pour retrouver Solange mais surtout pour la sauver.

 

Il avait autre chose à faire aujourd'hui que d'écouter un quasi-vieillard lui exposer des théories sur l'économie libérale.

 

Il nota sur un bout de papier les démarches qu'il se proposait de faire ce jour-là.

 

 

-Téléphoner à Liège avec prudence et discrétion.

 

-Téléphoner à l'agence : demander à M. Bernard s'il est possible de contacter les « employeurs » de Solange dans les pays de l'Est.

 

 

Dégoûté des cabines de téléphone qui marchaient correctement une fois sur trois., il irait au R.T.T.. Le bureau principal était à un pas de la gare, non loin de la rue Léopold.

 

            L'après-midi, il retournerait peut-être à Bruxelles, au quartier de la Porte de Namur pour y continuer ses recherches à  partir de l'endroit où Solange avait disparu. Après il verrait …

 

 

            Pour gagner les R.T.T., il reprit le chemin de la Station ; une légère brume flottait dans l'air, égayée par les pépiements joyeux des oiseaux ; il avait envie de les imiter et son sourire était si vif que des passants se retournaient à son passage, l'air amusé. La place de la gare qu'il devait traverser était noire d'une foule hétéroclite où étudiants, chargés de mallettes de toutes formes, matières et couleurs, de ménagères affublées de paniers à provision aussi divers que leurs propriétaires, de militants bruyants en permission, se croisaient en tous sens.

 

            Le bâtiment des télécommunications ne brillait pas par son élégance. Ghislain dut d'y reprendre à deux fois pour pousser la lourde porte grillagée qui le conduisit à une grande salle sombre aux murs tapissés de cabines téléphoniques. Derrière des guichets aussi gris que leurs uniformes, deux employés compulsaient de lourds registres tandis qu'un troisième répondait calmement aux demandes des nombreux usagers qui faisaient la file devant son guichet.

 

            Heureusement, il lui suffisait d'aller consulter la pile des bottins qui l'attendait, joliment rangée sur un bureau le long d'une fenêtre.

 

            Le bottin de Liège portait le numéro six ; il dut consulter les pages d'or qui n'avaient de précieux que leur nom tant la recherche d'un renseignement y était compliquée.

 

            Relisant pour la troisième fois la liste des cafés de Liège, il allait renoncer découragé quand enfin il découvrit sa taverne entre deux publicités qui la masquaient : il nota vote l'adresse sur le petit carnet qu'il avait emporté et se dirigea vers une cabine vide, quelques pièces de cinq francs à la main.

 

            Il était si nerveux qu'il dut se reprendre à quatre fois pour composer correctement le numéro ; la sonnerie à l'autre bout du fil se fit entendre une fois, deux fois… sept fois ; allaient-ils enfin décrocher ? C'était énervant à la fin !

 

            Ce ne fut qu'au douzième coup qu'un déclic se produisit et une voix fatiguée s'écria : « Allo, vous désirez ? »

 

            -« Pouvez-vous me passer la Direction, s'il vous plait ? »

 

-« Il n'y a personne à présent, pouvez-vous rappeler après 16 heures. »

 

 

            -« J'ai appris par un copain qu'un cercle de pacifistes se réunissait régulièrement chez vous et je voudrais les contacter. »

 

            -« Première nouvelle, je ne connais chez nous qu'un club de basket étudiant et un autre de manille. On vous a sans doute mal renseigné, monsieur. Donnez-moi quand-même votre adresse à tout hasard, peut-être le gérant pourra-t-il vous aider. Il a beaucoup de relations,vous savez. »

 

            -« Je préfère rappeler tout à l'heure, si vous voulez bien. »

 

            -Comme vous voudrez, Monsieur,  mais pouvez-vous me dire qui vous a parlé de ce cercle ? »

 

 

            Ghislain hésita à répondre, à tout hasard il risqua :

 

            -« un camarade d'unif, il s'appelle Richard. »

 

            -« Merci, Monsieur, vous pouvez rappeler à partir de 16 heures. »

 

 

            Ghislain raccrocha le combiné à regret, ce coup de fil ne lui avait pas rapporté grand chose. Restait la piste bruxelloise, la plus sérieuse certainement.

 

            A l'Agence de Publicité, la sonnerie ne se fit entendre qu'une seule fois et la voix énergique de la jeune standardiste l'interpella :

 

 

            -« Allô !, Agence de publicité Gévisdi, que désirez-vous ? »

 

            -« Bonjour Mademoiselle,, nous nous sommes vus hier, je m'appelle Ghislain Mignolet, j'ai été reçu hier par monsieur Bernard et, en vous quittant, je vous ai parlé d'une amie d'enfance que je croyais avoir rencontrée parmi vos mannequins, mais je n'ai pas réussi à la joindre. Je me demande aujourd'hui si elle ne va pas revenir chez vous prochainement ; je serais heureux de l'avoir au téléphone, si elle accepte bien entendu.

 

 

            -« C'est un peu délicat, monsieur, ce que vous me demandez. Nous n'aimons pas, vous devez bien le comprendre, servir d'intermédiaires entre nos jeunes filles et de possibles amoureux. Vous m'avez parus sympa, si vous me promettez de ne pas l'importuner, je lui dirai un mot à son prochain passage, si je ne me trompe pas, elle doit passer vers midi pour toucher un cachet. »

 

 

            -« Je vous remercie, mademoiselle, dites-lui simplement que son vis à vis du train voudrait lui parler. Je crois qu'elle comprendra parfaitement mon allusion. »

 

 

            -« Entendu, rappelez-moi, je vous prie, le nom de votre amie, car je ne me souviens pas que vous me l'ayez désignée. »

 

            -« Son prénom est Sholenka »

 

 

            -« Tiens, vous l'auriez connue jeune, c'est étrange, car le la croyais étrangère. Enfin, à son prochain passage je ne manquerai pas de lui passer la commission. Je crois que nous avons votre numéro de téléphone. »

 

 

            -« Je l'ai transmis à monsieur Bernard, vous n'avez qu'à lui demander. »

 

 

            -« Entendu, monsieur Mignolet, je ferai tout mon possible, bonne chance ! »

 

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /2007 18:32

Hier soir, mon épouse m'a rappelé une nuit passée à Saint Genis Laval  dans la banlieue Lyonnaise lorsque les enfants étaient encore tout petits. Nous y avions été acceuillis par Jean-Pierre Lanvin, apparenté au célèbre chocolat du même nom un des meilleurs de l'hexagone. Manifestement Jean-Pierre n'a pas joué un rôle très actif dans la firme familiale. Je me rappelle de lui comme un homme  acceuillant, chaleureux et cette nuit passée  en famille dans sa belle maison Lyonnaise est restée un souvenir inoubliable.. J'ai eu conscience de rencontrer un homme exceptionnel non seulement par sa jeunesse d'esprit mais par la vérité d'une vie où engagement et quotidien marchaient de pair.

Bien entendu, Suzon m'avait raconté comment elle avait rencontré et vécu au sein de la famille Lanvin lors d'un séjour assez court mais très important dans son évolution personnelle surtout à cause de son passage dans la communauté de l'Arche de Lanza del Vasto.

Qui était Lanza del Vasto ? Un Chrétien convaincu, auteur d'un ouvrage que je vous recommande pour comprendre la spiritualité de l'Inde "Pélérinage aux sources" Il eut à coeur de réconcilier sa foi chrétienne avec la spiritualité foisonnante  qu'il découvrit sur les rives du Gange. Il fonda dans cet esprit une communauté atypique à plusieurs égards.: refus du modernisme qui la poussa à vivre le plus possible en autarcie. Les membres de l'Arche s'habillaient de la laine qu'il filaient au rouet traditionnel. Ils se nourissaient du fruit de leur travail.La non violence d'un Gandhi y était à l'honneur. Le plus extraordinaire de cette communauté paramonastique c'est qu'y étaient acceuillis toutes les "familles" spirituelles de l'Eglise catholique :des religieux, des prêtres mais aussi des familles avec enfants comme membres intégraux de la communauté ce qui était plus que révolutionnaire dans les années soixante.

 

 

 Revenons à Jean-Pierre : dans un article qui lui est consacré sous le beau signe de la "Non Violence active" trois mots, dit-on, dans un article qui lui est consacré sur internet, le résument : humilité, persévérance, foi. Il fut pendant plus de cinquante ans (1944-1997 de tous les combats en France pour la dignité et la fraternité humaine, de la résistance, à la guerre d'Algérie, de la lutte contre tous les nucléaires (avec des amis il occupa un jour un PC atomique en construction emportant des documents "confidentiels), il n'hésitait pas à s'enchaîner sur la voie publique pour exprimer au grand jour son idéal de non, violence. Disciple de Lanza del Vasto et à travers lui de Gandhi il entreprit de nombreux jeûnes de protestation.A la fin de sa vie, on le vit en Palestine à Gaza, en Israël, en Yougoslavie en guerre, dans certaines des ex républiques soviétiques,  en Irak pour défendre partout où il le pouvait l'humanité bafouée et blessée. Même, lorsqu'il faisait des tournées en tant que commercial de la firme Lanvin, Jean-Pierre apparaîssait comme un apôtre de la paix de Jésus et de la non violence.

Le secret de sa force intérieure, il le puisait dans sa relation intîme avec celui qu'il appelait son grand "AMI".

Juste après sa mort en 1999 fut publié "A Dieu vat, carnets de route" que je vais essayer de nous procurer pour m'inspirer davantage de cette non violence active qui fait partie je crois de la quintescence du Christianisme.

Ainsi ce soir, en le recherchant sur le net, j'ai d'abord retrouvé avec émerveillement ce que fut sa vie, depuis notre rencontre, j'ai pu lire à Suzon le merveilleux de ses luttes pour la paix et la justice, lui montrer une photo récente de ce bel homme et nous avons projeté de le rencontrer bientôt avec joie en son Genis Laval Lyonnais.

Hélas un seconde recherche sur internet, en me faisant connaître l'ouvrage de sa vie m'apprit en même temps qu'il était posthume et que nous ne pourrions plus rencontrer Jean-Pierre qu'en nous ressourçant à ses écrits.

Ce qui est sûr c'est que ce soir en se mettant à sa recherche, j'étais sûr de découvrir un homme au parcours humain exemplaire.  Mission accomplie. Merci Jean-Pierre

 Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /2007 18:11

Arsène Lupin, selon sa légende, volait les riches pour donner aux pauvres. Dans la Nouvelle République sarkosyste c'est juste l'inverse qui est de rigueur. Ainsi dans le bouquet (sic) des nouvelles lois fiscales on fait cadeau de 2 milliards à environ 20 000 des plus riches familles de France et par ailleurs on prévoit au budget 50 millions d'euros pour plus d'un millions d'rmistes à remettre  (volontairement ?) au travail.

Pour les premiers l'Etat dépense  en moyenne 100 000 euros par famille pour les seconds les plus pauvres à ce jour un peu moins de 50 euros. C'est cela la justice sociale selon l'UMP.

 Certes les paroles du Président sont parfois exaltantes, son ouverture semble sincère mais tant que ses actes resteront à ce point marqués par l'injustice je verrai en lui une sorte de Janus à deux faces une sympathique pour les média une révoltante dans ses projets de loi.

Tant qu'il en sera ainsi et qu'une telle injustice, applaudie par des nuls ou des gredins comme Coppée et Cie, règnera je persiste à penser en entendant encore le bruit des karchers et autres racailles que le président légalement élu à l'Elysée reste à mes yeux un voyou social.

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

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Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /2007 18:08

Mais cette croyance est loin de satisfaire le condamné qui ne peut renoncer à ses aspirations à l’immortalité personnelle :

         « l’incertitude et sa répulsion devant cet inconnu qui allait surgir

         immédiatement était effroyable » (64)

 

 

         Ce malaise qu’il va ressentir encore plusieurs années au bagne lui fait assez curieusement du bien en le plongeant au cœur de la réalité et en lui faisant saisir la valeur de toute vie, si misérable soit-elle !

 

 

« Si l’on pouvait me rendre la vie ! Quelle éternité ! Et tout ceci serait à moi. Je convertirais chaque instant en siècle, je n’en perdrais pas un seul, je compterais, j’épargnerais chaque minute. » (65)

 

        

 

         Aux travaux forcés en Sibérie, une triple révélation va peu à peu le transformer : la redécouverte de la personne du Christ, du Peuple et de la Russie. L ’ Evangile, seul livre autorisé au bagne le ramène à la foi de son enfance, mais si l’on en croit ses dires, c’est surtout du peuple russe lui-même, de ce mélange de forçats de toutes espèces, qu’il retrouve le Christ en son âme.(66)

 

 

         Parler de conversion à ce stade serait prématuré. Sans doute l’athéisme s’éloigne de lui, sa rupture avec les milieux socialistes est consommée et son amour pour le Christ est acquis une fois pour toutes.

 

         Dieu même lui semble une nécessité pour donner un sens à l’univers, mais il  avoue être encore « un enfant du siècle, de l’incroyance et du doute, à ce jour et sans doute jusque la pierre tombale. Sa soif de croire, d’autant plus grande qu’il s’y trouvent d’arguments contraires, lui cause d’atroces tourments. » (67)

 

 

         Le problème de l’existence de Dieu se pose à lui en termes nouveaux. S’il est vrai que sans principe premier, tout est absurde à ses yeux, ne pourrait-on pas dire de même : le mal règne en notre monde –n’est-ce pas tangible au bagne ! Donc il n’y a pas de Dieu. L’absurde ne peut être vrai et pourtant il « est ». Ces ceux certitudes contradictoires lui ravagent le cœur. Au spectacle du désastre et de la souffrance du monde, le doute nécessairement ressurgit. Mais la personne du Christ échappe toutefois à ce doute.

 

 

         « Si la vérité était en dehors du Christ, je préférerais rester avec le Christ qu’avec la Vérité. »(67)

 

 

La vie personnelle de l’écrivain, attristée par l’échec d’un premier mariage, obscurcie par des crises d’épilepsie de plus en plus fréquen,tes, le pousse dans la voie d’un certain pessimisme. Si l’on excepte deux nouvelles satiriques sans grande portée, les œuvres significatives des années « soixante » révèlent le tourment intérieur qui le ronge et l’accable.

 

Les « Souvenirs de la maison des morts » et surtout « Humiliés et offensés » nous peignent implacablemen,t le mal à l’œuvre dans le monde, si puissant même qu’il écrase le bien. Dieu, lorsqu’il en est fait mention y apparaît  comme un justicier sévère.

 

 

« Quand le père maudit, Dieu châtie aussi (68)

 

« Il me pardonnerait, mais Dieu, pas ! » (69)

 

 

Tout se conjugue, il est vrai, à cette époque, contre l’écrivain. Sa femme atteint de phtisie se meurt peu à peu. Les créanciers ne cessent de le poursuivre. On a un écho de cette grave crise moral dans le sombre récit : « Le sous-sol »(1864) où Dieu, semble-t-il, ne se manifeste plus que par les terribles conséquences de son absence, même si la censure a écarté quelques allusions religieuses considérées comme inopportunes dans un récit si osé. (70) Le Christ, l’ultime consolateur reste lui-même caché.

 

Une fois de plus les évènements vont faire mûrir sa pensée. Le carnet, écrit devant le corps de sa femme, Macha, décédée le 15 avril 1864, après d’atroces souffrances, le pousse à se pencher une fois de plus sur le problème de la mort.

 

 

« Macha est étendue sur la table : reverrai-je Macha ? »  (71)

 

 

Son mariage a été un échec. « Aimer un homme comme soi-même, conformément au commandement du Christ, c’est impossible à cause de la loi de notre nature et de l’égocentrisme de notre « moi ». Le Christ seul y est parvenu, mais il était l’idéal éternel. Grâce à son exemple, sans doute arrivera-t-on un jour à réaliser la grande exigence évangélique, dans l’harmonie avec le grand Tout, c’est à dire Dieu. Mais cela ne se réalisera qu’au point ultime, c’est à dire là où l’évolution de l’homme aura atteint son terme. Le sens de la vie ne se trouve pas sur terre, mais dans l’autre monde. Il est absurde de penser que, le but atteint, l’homme retombera dans le néant. L’immortalité est donc une nécessité, puisqu’elle seule donne un sens à la vie humaine et consacre son effort vers l’idéal inaccessible ici-bas. Mais qu’est-ce que cette vie future, où selon l’Ecriture, on ne prendra plus femme  et ne convoitera plus ? Où sera-t-elle ? Au cœur de la Synthèse universelle, c’est à dire en Dieu ? Le tort des athées est de nier un dieu et une vie future qui évidemment n’existent pas sous la forme terrestre qu’ils imaginent. La nature de Dieu est diamétralement opposée à la notre. (72)

 

 

Nul doute, que Dostoïevski subissait encore dans le « carnet de Macha » l’influence Hégelienne, très en vogue dans la société russe de son époque, tout en gardant sa liberté d’appréciation. Il hésite encore manifestement entre un certain panthéisme et la tradition russe orthodoxe

 

 

En tout cas, les réflexions amorcées par lui à l’occasion de la mort de sa femme éclairent bien sa problématique. La méditation du romancier part d’un problème humain – en l’occurrence son mariage malheureux – pour aborder la question religieuse. L’auteur prend de plus en plus conscience de la nécessité absolue d’entamer une vie nouvelle fondée sur des principes solides. Pressentant les exigences morales, qui en découleront pour lui, il se sent désemparé et l’angoisse le saisit devant cet avenir mystérieux où il s’engage peu à peu.

 

 

« Je suis resté seul et j’ai eu peur. Ma vie était brisée en deux. Dans la première moitié, était tout ce pour quoi j’avais vécu et dans la seconde encore inconnue tout était neuf, étrange. Autour de moi, j’ai senti le froid et le vide. «  (73)

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

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Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /2007 18:05

)  A l’idéal détruit, il ne substitue que la « plate réalité ». Loin de concourir à l’épanouissement de la personne humaine, il l’individualise au point de la réduire à une simple unité ethnographique. La liberté, si célébrée dans les milieux socialistes s’y révèle aussi illusoire en fin de compte que dans le courrant idéaliste. Faute de valeurs supérieures, elle devient une force vaine qui ne peut se manifester que par la négation et la destruction. (55) En outre  si les Bielinsky, Petrachevsky, Dourov…

 

s’accordent à réclamer une liberté qu’ils identifient à la suppression de tous les privilèges de la société aristocratique, ils sont incapables de la définir positivement. Ne reconnaissant d’autre critère que la raison ou la science, ils se trouvent acculés à nier la réalité du libre-choix. La loi naturelle de la conservation universelle, appliquée indûment à ma totalité du comportement personnel, entraîne au plan social le rejet de toute responsabilité au nom de la philosophie du milieu et, au plan éthique, l’affirmation de la loi d’égoïsme en lieu et place de la loi d’amour du Christ. Dès lors la personne humaine n’est plus qu’un numéro sans importance au service de l’organisme social.(56)

 

 

         L’Idéalisme était incapable de renverser « la muraille de pierre » d’une réalité qui en contredit les données (57) Quant au socialisme, il ne pourrait donner naissance qu’à l’ inhumain « Palais de cristal » dominé par la raison impersonnelle ou à la gigantesque « fourmilière » dans laquelle l’individu serait écrasé. (58)Ainsi aussi bien l’idéalisme que le socialisme rationaliste ou scientifique aboutissent à la négation de la liberté.

 

 

         Si Dostoïevski, comme il le reconnaît lui-même dans le « Journal d’un écrivain », fut initié par Bielinsky à l’immoralité des institutions les plus saintes de la société moderne, la religion, la famille et le droit de propriété,(59) ce fut sûrement à contre cœur (60) En particulier il ne put jamais se faire à la sévère mise en accusation de la personne du Christ qui était le fait de Bielinsky. Plus tard, il rappelle la souffrance et l’indignation que lui causaient les blasphèmes du célèbre critique :

 

 

         « Je ne considère pas Dostoïevski avec étonnement, dit tout à coup      Bielinsky, Chaque fois que je fais allusion au Christ, sa physionomie change, comme s’il avait envie de pleurer. »

 

 

TT               Trente ans après les évènements, Dostoïevski n’a rien oublié de son  ancien ressentiment : « Bielinsky, je l’ai connu de près. Cet homme a injurié le Christ en ma présence avec des mots orduriers, sans avoir jamais été capable de se confronter avec lui. En insultant le Christ, jamais il ne s’est demandé « Qui mettrons-nous à sa place ? »(61)

 

         Jésus reste toujours à ses yeux l’idéal merveilleux et inimitable.       En             revanche Dieu ne semble jamais relever d’une évidence aussi immédiate. Il demeure celui que nous a révélé Jésus. L’incroyance du romancier à son époque « socialiste », s’explique plus particulièrement par ses difficultés à reconnaître la divinité du Christ. La théologie dostoïevskienne est toujours en dépendance directe de sa Christologie ; elle ne redeviendra vivante que le jour où le romancier redécouvrira dans la personne de Jésus le Verbe de Dieu fait chair. Un certain temps il demeura paralysé entre le refus d’un athéisme qui lui fait peur et l’incapacité à accepter pleinement la foi chrétienne. Ce dualisme intérieur se transcrit curieusement dans son agir. Un ami intime de l’écrivain, le docteur Yanouvski note qu’au cours des deux années (1848-1849) qui précédèrent sa future arrestation, Dostoïevski, sans rompre avec les révolutionnaires Petrachevskiens, proclame hautement son amour pour le Christ ; il reprend la pratique religieuse, on le voit communier en toute liberté ; mais ca ne l’empêche pas de lire lors d’une réunion, la célèbre lettre de Bielinsky à Gogol, violemment anticléricale et antigouvernementale. (62)Cette lecture lui est fatale. Quelques semaines plus tard, le 22 avril 1849, Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, ingénieur en retraite, est arrêté. Le 22 décembre de la même année a lieu sur la place Semeïnovski la fameuse parodie d’exécution racontée par le prince Mychkine dans « L’Idiot » (62) Devant la mort, l’attitude du jeune « conspirateur » socialiste semble s’inspirer d’un certain panthéiste, assez éloigné de la foi chrétienne. (63)

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Lundi 16 juillet 2007 1 16 /07 /2007 18:01

Mais d'où lui vient cette attirance vers une conception panthéiste du monde ? Le goût prononcé - besoin serait peut-être plus juste - qu'il ressent de s'intégrer à l'ensemble du cosmos y est sans doute pour beaucoup. Dans la « Natuurphilosophie », l'homme s'insère harmonieusement dans l'univers et y joue un rôle capital. Dieu ou le « Tout » ne prend conscience de soi que parle biais de la conscience humaine.

  Le premier enthousiasme passé, la déception, vint rapidement tant l'optimisme schillérien lui parut démenti par les réalités brutales de la vie quotidienne. Les ennuis d'argent  qui ne le quitteront pour ainsi dire jamais l'assaillent déjà et le plongent dans le désespoir. Il ne renonce pas pour autant à atteindre un jour le but qu'il s'est fixé, mais ce combat solitaire l'épuise. Le « réel » le dégoûte ; pour s'en évader il se réfugie dans le rêve ; son idéal de vie de pousse de plus en plus à fuir le monde matériel.

 

 

« Il me semble que notre univers est le purgatoire d'esprits célestes que de mauvaises pensées ont obscurci… Il me semble que l'univers a pris un sens négatif…Ce qui était haute et gracieuse spiritualité est devenu caricature. Voilà la dure écorce sous laquelle languit l'univers. Savoir qu'il suffirait d'un sursaut de volonté pour s'unir à ce qui est éternel et demeurer dernière créature - que l'homme est lâche. » (40)

 

 

                    Ce sursaut de volonté, Dostoïevski veut l'assumer pour son compte. Mais tendu tout entier vers    l'avenir, il risque de perdre contact avec une réalité que son imagination idéalise : « Je bénis, écrit-il,  les rares moments où je me résigne au présent » (41)

 

         La lutte est dure. Espoir et désespoir alternent tragiquement en son cœur. « J'ai un projet : devenir fou », écrit-il en post-scriptum d'une lettre à son frère (42) Dégoûté de la vie militaire, il aspire à un tout autre avenir. Son seul but, « c'est d'être libre » (43) Il est prêt à tout sacrifier pour y arriver. Mais souvent aussi, il se demande ce que lui apportera cette liberté. (44)

 

 

         En 1844, c'est le choix décisif. Pour mieux se consacrer à la littérature, Fédor Mikhaïlovitch renonce à la carrière militaire. N'étant plus soumis à aucune contrainte, il abandonne toute pratique religieuse. La publication de son premier roman : « Les pauvres gens » le rendent célèbre du jour au lendemain mais ce succès ne se maintient pas. Il lui faut chercher ailleurs une raison de vivre. Le panthéisme idéaliste le déçoit au fur et à mesure qu'il comprend que la cohésion universelle, qu'il affirme, implique le triomphe de la fatalité à tous les échelons de l'existence. Non seulement Dieu  comme l'écrivait Dostoïevski à son frère Michel en 1838 (45) y apparaît comme une sorte de « jouet », soumis à de mystérieuses forces qu'il ne peut contrôler, mais la personne humaine y perd tout contrôle  d'elle-même, elle ne peut que subir les aléas de la vie. Sa liberté n'est qu'illusion. L'exaltation tapageuse du rôle cosmique de l'humanité n'est plus qu'une phraséologie trompeuse et il ne subsiste plus sur terre qu'une foule informe d'homme « écrous » ou d'homme « pions ». (46)

 

         Or jamais le jeune écrivain ne se résignera à une telle abdication. Peu à peu il dirigea ailleurs ses espoirs. Il lui faudra cependant bien des années pour se débarrasser l'esprit de toute mouvance panthéiste. (47)

 

          En  1846-1847, Dostoïevski fréquente assidûment certains milieux socialistes (48) peut-être sous l'influente du  critique Biélinsky, athée militant, le premier qui sut discerner en lui le génie.

 

         En cette Russie du milieu du XIX ème siècle, le socialisme, venu de l'étranger est considéré comme une doctrine subversive, il joue un rôle plus discret que l'idéalisme allemand, mais, l'histoire postérieure le confirmera, non moins efficace. Deux grandes tendances le divisent. Les socialistes français (Saint Simon, Fourrier, Proudhon) sont anticléricaux mais reconnaissent dans le Christ une personnalité remarquable (48)

 

         Quant au socialisme allemand, plus tardif en Russie, s'inspirant de Feuerbach, puis de Marx, il s'affirme franchement athée et révolutionnaire. (49)

 

 

         Un moment l'agitation socialiste, fort théorique d'ailleurs, apporte à Dostoïevski un peu de cet équilibre qui lui fait tant défaut. (50)

 

         L'affirmation des droits de la personne humaine jointe à la lutte en vue de créer une société vraiment universelle, basée sur le grand principe de l'égalité-fraternité-égalité lui rendent sympathique nouveau milieu. (51)

 

         Jamais Fédor Mikhaïlovitch ne reniera l'idéal de sa période "socialiste". La recherche d'une "harmonie universelle", la plus "sainte " de ses idées imprègne toute son œuvre. (52) Mais ses relations avec le courant socialiste se relâchent vite. L'accord établi entre l'écrivain et la doctrine révolutionnaire reposait en effet sur une base équivoque. Tôt ou tard la rupture devait se produire entre le personnalisme distoievskien et les partisans d'une société purement rationnelle ou scientifique pour  qui le socialisme avant d'être la question ouvrière ou celle du quart état représente l'affirmation de l'athéisme sous sa forme contemporaine, la question de la "tour de Babel" qui se construit sans Dieu, non pour atteindre les cieux à partir de la terre, mais pour abaisser les cieux sur la terre (53)

 

         Les socialistes russes espéraient même parvenir à concilier les personnalités individuelles et nationales, en délimitant de façon précise les frontières morales qui les séparent, mais les faits ont démenti ces espoirs.

 

         L’Idéalisme avait au moins le mérite de respecter les valeurs supérieures, il donnait un but concret à l’existence et une raison de vivre même s’il ne fournissait pas les moyens d’y parvenir.

 

         Le socialisme scientifique par contre, en prônant l’athéisme théorique ou pratique écarte toute valeur transcendante. Du même coup, il exclut la possibilité de former une morale réellement normative. (54)

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Dimanche 15 juillet 2007 7 15 /07 /2007 16:54

-« Oui, je le connais un peu, je crois qu'il va bientôt prendre sa retraite. »

 

-« Quelle perte ça va être pour l'université ? »

 

Ghislain qui se réjouissait du départ proche de ce vieux grigou ne répondit pas.

 

-« Vous vous intéressez donc à nos campagnes de publicité. Dommage que vous ayez manqué Monsieur Paul. Il vous aurait fourni des tas de renseignements utiles. Personnellement je travaille surtout avec les mannequins. Ce sont des filles séduisantes mais leurs capacités intellectuelles sont en général assez limitées, elles croient tout savoir et j'ai bien de la peine à les convaincre de suivre mes directives.

 

 

Tant pis, se dit Ghislain, je me jette à l'eau.

 

 

-« Personnellement, j'ai été séduit par votre publicité pour le yoghourt Donone, et je dois vous féliciter pour le choix de la jeune fille que vous avez choisie pour cette affiche. »

 

 

-« Ah !, vous avez bon goût, monsieur, figurez-vous que, mis à part nos contacts strictement professionnels, je ne connais presque rien d'elle ; elle m'a été conseillée lors d'une garden-party par un fonctionnaire d'une ambassade d'un pays de l'est. Elle serait étudiante, mais sans famille, doit travailler pour payer ses études. Elle se fait appeler Solachka et ne m'a donné comme adresse qu'une boîte postale à Liège. Mais revenons à des choses sérieuses, donnez-moi votre adresse et je vous enverrai dès le retour de mon collègue un dossier complet sur notre société.

 

            Choqué par le peu d'intérêt de Monsieur Bernard pour Solange, - tiens c'est vrai, Solange et Solachka, quelle coïncidence-

 

-« Merci, Monsieur, des renseignements que vous m'avez fournis ; j'attends un mot de vous ; voici mon adresse : … excusez-moi, mais je dois reprendre mon train dans trente minutes. »

 

Se levant comme à contrecœur, le directeur lui tendit une main molle en prenant le papier sur lequel Ghislain avait griffonné son adresse. Il en était presque sûr, il ne recevrait aucun dossier.

 

 

Dans le hall d'entrée, il retrouva la jeune secrétaire. Bien entendu les filles avaient disparues. Il ne fallait pas rêver !

 

C'était le moment ou jamais ! Il se tourna vers l'hôtesse :

 

-« S'il vous plait, Mademoiselle, y a t il longtemps que les mannequins sont sorties ? Figurez-vous que j'ai cru reconnaître parmi elles une amie d'enfance perdue depuis des années. Je n'en suis pas tout à fait certain, mais je m'en voudrais de la manquer aujourd'hui si c'est vraiment elle.

 

-« Depuis quatre ou cinq minutes, Monsieur, si vous vous dépêchez, vous réussirez peut-être à rejoindre c elles qui attendent le tram au coin du boulevard. Je ne peux rien vous garantir car plusieurs de ces demoiselles ont une voiture ou un copain qui vient les chercher. »

 

-« Merci, vous être un ange, j'y cours… » , s'écria Ghislain en se précipitant dehors.

 

« Zut ! », Un tramway était juste à l'arrêt ; il aperçut deux ou trois jeunes filles qui pouvaient correspondre aux mannequins de l'agence, mais il eut beau courir à toute allure et faire des gestes désespérer au machiniste, jusqu'à frapper sur la portière avant, ce dernier démarra sans se soucier du retardataire.

 

C'était trop rageant : être si près du but et échouer par la faute de ce salaud de conducteur. Au moment où il reprenait tout essoufflé le chemin du studio, un taxi déboucha d'une rue adjacente. Instinctivement le jeune homme leva la main et la voiture s'arrêta à sa hauteur.

 

-« Où allez-vous ? »

 

-« Pourriez-vous, monsieur, suivre le tramway qui s'en va là-bas,  une de mes amies que je n'ai plus vues depuis des années vient d'y monter et je voudrais tant le retrouver.

 

-« OK, on y va, accrochez-vous bien à votre siège »

 

Sur ce le chauffeur démarra en trombe le projetant violemment en arrière.

 

Quelle journée ! En un instant, Ghislain venait de passer du plus noir découragement à la plus folle des euphories.

 

La conduite du taximan, un gros homme rougeaud, démentait la première impression qu'on se faisait de lui au premier abord. Au volant, il faisait preuve d'une agilité incroyable, changeant de file sans cesse, se moquant des coups d'avertisseur ou des appels de phares d'automobiliste surpris. Il eut vite fait de rejoindre puis de dépasser le poussif tramway et s'arrêta avant lui au prochain arrêt.

 

-« Voilà, monsieur, je crois que j'ai bien rempli mon contrat, vous me devez cent francs et, je l'espère, un bon pourboire. »

 

-« Oui, c'est vrai, vous avez été formidable, voici deux cent francs, j'estime que vous le méritez bien.

 

-« Et bien il ne vous reste plus qu'à retrouver votre amie, je vous souhaite beaucoup de chance, jeune homme » et le taxi repartit lentement cette fois, tandis que Ghislain faisait signe au conducteur de s'arrêter.

 

Face à l'homme qui, il y a un instant, l'avait superbement ignoré, Ghislain avait une envie folle de lui régler son compte ; mais ce n'était sûrement pas le moment de déclencher un scandale et il se contenta de tendre un billet de vingt francs au conducteur qui parut plus que surpris en reconnaissant le garçon : « Ah !, ça alors vous… »

 

Il se demandait sans doute comment celui qu'il avait laissé tomber avait réussi à rattraper son tram, mais il n'osa poursuivre sa question qui rappelait trop son attitude désobligeante tout à l'heure.

 

Ghislain se moquait bien des états d'âme de ce bonhomme déplaisant, il s'avança maladroitement dans le couloir central regardant fugitivement les passagers un par un. A cette heure de la journée, il y avait pas mal de jeunes écoliers qui chahutaient gentiment, deux ou trois personnes âgées qui les regardaient avec méfiance sinon malveillance ; ce tramway comportait deux voitures ;  manifestement il n'y avait aucune trace des mannequins dans la première ; passant prudemment par le sas étroit, il parvint à la deuxième. Elle était presque vide. Posément, son regard détailla les voyageurs. A l'arrière une grand-mère expliquait à une petite fille les monuments et rues traversées. Un peu plus loin deux hommes basanés restaient curieusement debout alors qu'ils restaient tant de places assissent ; enfin tout à l'arrière trois jeunes filles discutaient joyeusement et parmi elle - il avait de la peine à le croire, Solange ; il la voyait enfin pour de vrai, la détaillait plutôt de dos, mais c'était bien elle, enfin Cholurie plutôt - le mystère de la vraie personnalité du mannequin demeurait entier.

 

Ghislain résista à la tentation pourtant si impérieuse de s'approcher ; il s'assit tout devant de la voiture et s'abrita derrière sa chère « Libre Belgique », qui décidément lui servait à tout, sans perdre pour autant de vue la silhouette qui faisait tant battre son cœur.

 

Tout doucement le tram s'approchait de la Porte de Namur et de ses façades couvertes d'énormes affiches de cinéma : la foule s'y pressait dense comme d'habitude. C'est alors que Solange salua ses compagnes et se rapprocha de la sortie. Posément Ghislain replia son journal en détournant la tête pour ne pas attirer l'attention. Mais la jeune fille, apparemment pressée, se précipita dehors dès que la portière s'ouvrit. Ghislain alors bondit lui aussi de son siège et sauta dehors par la porte de derrière.

 

Restant à bonne distance de celle qu'il suivait, il parcourut la chaussée d'Ixelles, une rue commerçante très populaire. La jeune fille sachant très bien où elle allait,  marchaient d'un pas résolu sans se soucier des vitrines pourtant si attractives ; au bout de cinq à six minutes, elle obliqua sur une petite rue à droite qui donnait un peu plus loin sur une placette vieillotte entourée d'immeubles anciens et fatigués.

 

C'est à ce moment-là que le jeune étudiant ressentit comme un malaise vague et incontrôlé ; il regarda autour de lui, mais rien d'anormal, semblait-il, parmi les quelques passants qui semblaient pour la plupart aussi usés que leur quartier.

 

Il se tint néanmoins sur ses gardes  sans bien entendu perdre « Solange » une seconde des yeux.

 

Mais brusquement deux silhouettes surgirent devant lui : il reconnut de suite les deux basanés du bus.

 

Lui fermant ostensiblement la vue et la marche , le plus jeune des deux,-

 

 il portait une vilaine balafre à la joue droite qui rendait plus que sinistre son visage - lui adressa la parole :

 

            « Pourriez-vous, s'il vous plait, nous indiquer comment nous rendre au Boulevard Lambermont ? »

 

« Ecoutez, Messieurs, je ne suis pas de Bruxelles et de plus je suis très pressé, laissez-moi passer, s'il vous plait. »

 

- Ghislain jeta un regard désespéré sur la jeune inconnue qu'il suivait et que ces deux imbéciles allaient lui faire perdre : elle s'arrêta brusquement, se retourna ; il lui sembla une fois encore que son regard se posait sur lui avec un sourire navré  et sitôt après elle continua sa route.

 

Alors l'autre gars, plus jeune, un beau visage d'archange auquel on aurait donné le bon Dieu, pardon Allah, sans confession le retint d'une poignée brutale.

 

 -« C'est drôle, j'étais persuadé que  vous connaissiez très bien ce boulevard, ce n'est pas bien de mentir. A propos n'auriez-vous pas un peu de feu ? et il lui tendit de sa main libre un paquet de gauloise bleues. »

 

 

-« Mais que me voulez-vous à la fin, je ne comprends rien à ce que vous me dites, je vais aller me plaindre à la police. »

 

 

-« Si j'étais toi, reprit le premier, je n'en ferais rien, tu sais les rues à Bruxelles ne sont plus si sûres ; pas plus tard que la semaine dernière, on a retrouvé tout près d'ici un jeune homme égorgé ; il avait voulu faire la besogne de la police : dommage, car c'était un garçon sympa. »

 

 

-« Mais pourquoi me parlez-vous de tout cela, messieurs, je ne fais que me

 

promener tranquillement. Pour une dernière fois je vous demande de ma laisser repartir ou je vais crier «Au secours  »

 

 

-« Quel mauvais caractère vous avez, reprit le jeune arabe au visage, balafré nous voulions seulement vous demander notre chemin, tant pis, au revoir et bonne chance, soyez prudents et ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde pas. »

 

 

Aussi brusquement qu'ils étaient apparus, ils disparurent parmi les passants.  Bien, entendu la jeune fille n'était plus là !

 

            Par acquis de conscience, le garçon parcourut les rues voisines, interrogea ça et là quelques passants en leur décrivant la jolie inconnue, mais les quelques personnes qui daignèrent lui répondre n'avaient rien vu. Il se contenta de noter sur un bout de papier le dernier endroit où il avait vu la jeune femme et un peu déçu regagna la gare du Quartier Léopold. Dans le train qui le ramenait à la maison, entrèrent un barbu grisonnant et une jeune religieuse sans cesse rougissante Sans leur prêter grande attention, il s'efforça de faire la synthèse des informations recueillies jusqu'alors.

 

            Tout partait de la rencontre tragique dans le train de Liège, une jeune femme idéaliste nommée Solange ?,son copain Richard, un drôle de coco celui-là, jaloux ou couyon ? Il ne serait sûrement pas facile de lui soutirer des informations sur son amie.

 

            Il y avait le café de Liège, la piste lui paraissait sérieuse mais non sans danger ; il se rappelait particulièrement le bizarre garçon de café si désagréable avec lui qui l'avait, semble-t-il, pris en filature jusque la gare.

 

            Et puis avec l'affiche, sa visite à l'agence, ses retrouvailles avec Solange ou bien Cholenka et une nouvelle fois l'impression nette de gêner des individus pas très clairs. C'est vrai que l'hostilité dont il était l'objet constituait le lien le plus évident entre l'inconnue du train et le mystérieux mannequin.

 

            Demain il téléphonerait à la sympathique hôtesse de l'agence pour lui demander la prochaine visite des modèles. Il chercherait aussi le numéro de téléphone de la brasserie liégeoise pour se renseigner anonymement sur les « pacifistes » qui s'y réunissaient.

 

            Le train à présent avait déjà dépassé Gembloux depuis plusieurs minutes, il allait bientôt entrer en gare de Namur . Il se força à regarder le paysage pour mettre un terme à ses interrogations qui pour l'instant ne le menaient nulle part.

 

            A la maison, un peu plus tard, on lui reprocha d'être une fois de plus « dans les nuages », de « considérer la maison comme un hôtel » etc.… Il eut grande peine à se maîtriser et se réfugia physiquement dans sa chambre et moralement dans « Crime et Châtiment » de Dostoïevski, où il se plongeait volontiers dans ses moments de cafard et de solitude.

 

 

            Sa nuit fut agitée, il courait après Solange, vêtue d'un grossier blues jeans à travers un labyrinthe de rues obscures et inquiétantes : une fois rejointe la jeune fille se mit à l'entretenir de la grande révolution écologique qui allait sou peu bouleverser l'humanité. Au moment où Ghislain se pencha pour l'embrasser, elle s'échappa et comme au théâtre le décor changea brusquement.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Dimanche 15 juillet 2007 7 15 /07 /2007 16:50

Il devait y avoir une explication. S'agissait-il d'une simple ressemblance ? Mais rien qu'en formulant cette hypothèse, tout e lu la rejetait en son fors intérieur. Mais oui, il s'agissait sans doute d'une photo ancienne et donc d'une autre Solange n'ayant rien à faire avec  jeune idéaliste qu'il venait de rencontrer ?

 

 

Mais comment expliquer alors ce pot de yoghourt, dernier produit de la firme Dunone en ses mains ? Plus il réfléchissait, plus le mystère de Solange lui paraissait compliqué pour ne pas dire insoluble. Il eut envie un instant, de tout laisser tomber, mais vite il se reprit.

 

            L'affiche était signée de l'Agence Gurinvi, 116 boulevard du Lambermont à Bruxelles. Et bien, il allait téléphoner - non, on refuserait sûrement de lui répondre - demain il prendrait le train de Bruxelles pour en avoir le cœur net.

 

            Qui était la vraie Solange ? La merveilleuse inconnue du train ou l'équivoque mannequin de l'affiche ? Comment relier ces deux personnalités apparemment si inconciliables ?

 

            A vrai dire étaient-elles si opposées ces deux visages de femme ? D'abord que connaissait-il d'elles ? Un regard attendri entrevu dans un train, une affiche ? Autant dire pas grand chose, sinon quelques sensations troubles probablement idéalisées d'une part et pour cette raison scandalisées par ailleurs.

 

            La piste de Solange à travers ses amis « révolutionnaires » n'avait pas donné grand chose jusqu'à présent. Peut-être aurait-il plus de succès en recherchant l'Agence de publicité responsable de cette affiche qui ne l'aurait sans doute pas choquée si le modèle n'avait rien eu à voir avec la belle inconnue du train. Demain il ferait une fois de plus l'école buissonnière et irait discrètement voir de plus près cette agence bruxelloise.

 

            Le lendemain, Ghislain tout excité gagna la gare à grand pas saccadés. Un de ses copains étudiants le hâla en route pour l'accompagner à l'université et il eut bien de la peine à s'en débarrasser. Parvenu au train semi-direct pour la capitale, il se laissa lourdement chuter sur un des rares sièges vacants, section fumeurs, car le reste de la voiture était bondé ; autour de lui, toujours de même navetteurs bruyants et bavards sortaient leur jeu de cartes ou leurs dés quand ils ne discutaient pas avec passion  des matchs de foot de la veille.

 

            Ottignies déjà ! Encore Une petite demi-heure et il serait arrivé. Il consulta attentivement le plan urbain et les trajets de tram qui le conduiraient boulevard du Lambermont. Assez facile apparemment. Une fois sur place, il lui resterait le plus difficile. Comment s'assurer de l'identité de Solange, voire de son adresse sans éveiller aucune suspicion chez ses interlocuteurs. Ses avatars liégeois l'incitaient à la prudence. Comment allait-il procéder ?

 

            Trois quarts d'heures plus tard, longeant le Parc Josafat, il descendait un boulevard boisé tentant de déchiffrer les numéros sur les façades des maisons de maître. Un restaurant, semble-t-il Italien avec un énorme 126 à côté de son enseigne lui apprit qu'il était arrivé. Sur le trottoir, il n'eut qu'à remonter quelques mètres pour se trouver en face d'un édifice ultramoderne, précédé d'une pelouse impeccable au milieu de laquelle cloué méchamment sur un bouleau assez imposant un écriteau  indiquait « Agence Gurinvi » Modèles et stylistes en rouge vif.

 

            L'entrée toute vitrée était assez imposante comme le gardien élégant qui semblait là autant pour accueillir que pour filtrer les visiteurs. Pour s'en débarrasser Ghislain se présenta comme un assistant en communication de l'université de Liège devant présenter un mémoire sur la  communication sur la voie publique. Manifestement ses propos dépassaient le niveau intellectuel du cerbère qui s'empressa de le faire entrer dans le vaste hall luxueux et de l'adresser à la secrétaire du hall d'accueil. Derrière un vaste bureau circulaire, entouré d'une petite centrale téléphonique, une jeune femme brune vêtue d'un petit chapeau sur lequel était gravé en jaune cette fois le mot GURINI. Elle était pour l'instant en conversation animée avec un jeune homme d'une vingtaine d'années qui semblait bien davantage la draguer gentiment que de lui demander un rendez-vous ou d'offrir ses services à l'entreprise. Un fauteuil confortable, en face d'une petite table couverte de revues à la mode lui sembla le meilleur moyen de cacher son impatience tandis qu'il peaufinait ses arguments pour arriver à ses fins. Au bout d'un bon quart d'heures, un coup de fil interrompit le dialogue amical, le jeune homme quitta la secrétaire avec un grand geste d'adieu. Curieux Ghislain tenta de suivre la conversation de la jeune femme, il fut d'abord question de l'envoi du courrier avant une heure déterminée, de photocopies à faire pour le lendemain puis manifestement son interlocuteur, qu'elle appelait avec déférence, Monsieur Bernard, dut s'enquérir de la présence ou non de personnes en attente et elle répondit non sans jeter un coup d'œil curieux en sa direction : « Pour le moment, il n'y a qu'un jeune homme, genre étudiant, et je n'ai pu encore lui demander la raison de sa visite. Après un bref échange dont il ne saisit rien, elle raccrocha et lui fit signe de s'approcher.

 

           

 

            Ghislain se leva en rassemblant intérieurement toutes ses idées : « Bonjour Mademoiselle, Je fais pour l'instant une étude sur la communication par affiches, en ville ou sur routes et j'ai été très   impressionné par votre dernière production sur le yoghourt Dunone.     

 

 J'aimerais rencontrer tout à la fois le concepteur ou la conceptrice de l'affiche et puis évidemment la jeune personne qui y figure ainsi que l'une ou l'autre de ses collègues modèles. »

 

-Bonjour Monsieur, qui dois-je annoncer à Monsieur Bernard qui, je crois, est la personne a plu à même de répondre à votre attente. Patientez quelques minute, il vous recevra ans un petit quart d'heure. »

 

 

            Sur ce, Ghislain souriant à la jeune femme retourna à son fauteuil et se plongea  dans le dernier Paris Match qui s'ouvrait sur de dramatiques photos de la guerre du Vietnam. Tout en s'indignant intérieurement sur le malheur des populations civiles bombardées à outrance par les bombardiers Us, Le jeune étudiant ne pouvait s'empêcher d'anticiper sa conversation à venir pour la rendre la plus convaincante possible   

 

Il ne fallait pas que son interlocuteur se doute de son vrai dessein, contacter à titre personnel la jeune styliste. Il lui fallait donc argumenter correctement un intérêt pour la communication par affiches dont il n'avait que faire.

 

            Comme le temps passe lentement quand on attend. Le quart d'heure annoncé durait déjà depuis plus de vingt cinq minutes, quand la sonnerie du téléphone de la secrétaire vint rompre le silence un peu pesant de cette fin de matinée. Souriante la jeune fille lui fit signe : « Monsieur Bernard vous attend à l'instant, je vais vous conduire à son bureau. »

 

 

Soudain un joyeux charivari  rompit le silence un peu pesant du hall. Un groupe de jeune fille, joliment bigarrées venait de franchir la grande porte intérieure ; elles se regroupèrent à l'autre extrémité du hall non sans faire de nombreux gestes d'amitié à la secrétaire. Au milieu d'elle, Solange habillée très sages d'un tee-shirt blanc et d'un pantalon vert pâle babillait avec ses compagnes quand soudain elle s'arrête et fixa des yeux Ghislain qui se levait de son fauteuil. Manifestement  elle était très étonnée, pour ne pas dire plus de le trouver en ces lieux ce jeune homme qui manifestement ne lui était pas inconnu. Elle lui adressa un petit sourire mi-attristé, mi-complice et d'un geste de la main lui fit comprendre qu'elle ne pouvait pour l'instant lui parler. Ghislain brûlait d'envie de s'approcher d'elle, mais déjà la secrétaire l'invitait fermement à la suivre pour rencontrer le responsable de la publicité. La mort dans l'âme et décidé à abréger au maximum un entretien devenu presque inutile, il  suivit la jeune fille  avec qui  il traversa toute une série de couloirs, monta un escalier de marbre, pour se retrouver finalement en un couloir luxueux et aboutir devant une porte lambrissée sur laquelle était gravé en grosses lettres dorées : « Direction de la Publicité : LUC BERNARD. »

 

Le bureau correspondait exactement à l'image qu'il se faisait de ce type de personnage. Posters et graphiques  tenaient lieu de papier peint sur les murs. Le rangement du bureau frisait la maniaquerie.

 

Lui désignant un fauteuil en cuir raffiné, le publiciste lui tendit un paquet de « Gauloises ».

 

-« Vous fumez ?, Non, vous avez raison, mais, voyez, c'est pour moi un besoin incoercible qui me donne de l'inspiration et des idées neuves. »

 

Tout de suite, Ghislain ressentit une antipathie profonde pour son interlocuteur sans savoir si ce sentiment venait de son rôle involontaire de « casse pied » ou bien du ton emphatique

 

 et sûr de lui de sa conversation.

 

-« Vous êtes étudiant à l'université de Liège, paraît-il, vous connaissez sûrement le professeur Matongrin avec qui j'ai autrefois préparé un mémoire qui m'a valu la plus grande distinction. »

 

Ghislain avait horreur de ce Matongrin, un vieil hibou déplumé raseur et soporifique comme pas un

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Dimanche 15 juillet 2007 7 15 /07 /2007 16:35

Ghislain hésita un instant : Qui suivre ?Le  garçon ou la fille ?  Tout compte fait, Richard demeurait sa meilleure piste, il resta donc à sa place tandis que ça et là, un peu partout, des silhouettes pressées ou lassées sortaient à leur tour d'une salle de plus en plus bruyante tandis que le professeur s'efforçait de terminer sa causerie en abordant le sujet passionnant, disait-il,  de sa prochaine leçon consacrée au problèmes de forces de frappe nucléaire dans le devenir de l'Europe. Enfin il referma ses notes et descendit pesamment de l'estrade tandis que quelques éternels lèche-cul se pressaient autour de lui.

 

            Richard se leva enfin, jeta un regard distrait autour de lui ; heureusement Ghislain avait pris la précaution  de se glisser dans un coin de la salle d'où l'autre ne pouvait l'apercevoir.

 

            Le copain de Solange descendait à présent à toute allure les marches qui le conduisaient au rez-de-chaussée du bloc C  de l'université. Il s'arrêta devant une cabine téléphonique, glissa une pièce dans l'appareil et appela un correspondant. Debout à environ cinq mètres, Ghislain avait une envie folle d'écouter la communication mais c'était plus que risqué.

 

            A aucun prix il ne fallait que Richard ne le reconnaisse. Il se contenta donc de tendre l'oreille pour saisir au moins quelques bribes de la communication.

 

 Heureusement pour lui la ligne devait être si mauvaise que Richard en fut réduit à crier dans le cornet.

 

 

            -"Je t'entends mal répète.... Demain à huit heures... à l'entrée de la rue Neuve. ...De quel côté, ... Tu veux dire Nord OK Oui, ne t'en fais pas Motus et bouche cousue !  Tiens à propos celui dont je t'ai parlé s'intéresse à toi ; deux fois déjà je l'ai envoyé dans les roses ; s'il persévère, il  faudra avoir recours à des moyens plus énergiques. Salut copine, à demain..."

 

            Ghislain ne put s'empêcher de frissonner en entendant les derniers mots du garçon qui, une fois dans la rue,  marcha énergiquement vers le quartier des bistros étudiants.

 

            La rue du Pont-En-isle s'étire tout près d'une dérivation de la Meuse et représente un des hauts-lieux du monde de la jeunesse, en particulier étudiante de la cité ardente. Elle est longée sur presque toute sa longueur par une série de cafés qui rivalisent d'originalité pour attirer le client. Ici les murs sont couverts de peinture évoquant le western à la Lucky Luke. Un peu plus loin on se serait cru à la porte d'un harem en plein cœur de l'Arabie pour se retrouver cinq mètres plus loin dans un village esquimau en plein Grand Nord.

 

            Richard marchait rapidement comme quelqu'un qui manifestement savait de terme de sa route; il ne prêtait manifestement aucune attention au cadre excentrique regardant droit devant lui comme s'il poursuivait en lui-même un monologue incessant. Bien entendu la tâche de suiveur de Ghislain en était facilitée. Il se contentait de  rester à une quinzaine de mètres du garçon,  se retournant fréquemment vers les vitrines pour donner le change. Mal lui en prit, car le temps qu'il admire un magnétophone, dernier prix,  Richard avait disparu de sa vue.

 

            Pas de panique ! Il ne peut être loin et, j'en suis sûr, a du entrer dans un de ces deux bistros qui se faisaient face dix mètres plus loin.

 

            Approchant avec prudence du café des pécheurs, Ghislain découvrit une salle minable ou deux ou trois vieux jouaient aux cartes sans conviction. La tenancière dont la silhouette avait tendance à se confondre avec un tonneau de bière, qui traînait dans un coin, tricotait un pull avec application.

 

            Inutile de poursuive ses recherches ici ; Richard n'était sûrement pas venu dans ce bouge infect.

 

            Ghislain traversa la rue vers l'autre café, un des plus pittoresques de la rue ; ses murs étaient constitués de fonds de bouteilles multicolores de tous diamètres : le résultat était aussi surprenant que plaisant à voir.

 

            Avec prudence, il s'approcha de la devanture et jeta un coup d'oeil à l'intérieur. Quel contraste avec le café d'en face !  Ce café était plein à craquer d'une foule bigarrée de jeunes bruyants et bavards. Impossible de repérer Richard de l'extérieur dans ce Capharnaüm. Tant pis, il décida de courir le risque, somme toute minime,  d'être reconnu et entra dans le "Fonds de bouteille".

 

            Pas une place  assise n'était libre, il s'installa près d'un juke-box pour mieux repérer Richard. Quelques instants plus tard il dut  abandonner, les yeux picotant. Un garçon qui passait avec un plateau rempli; il lui  demanda ce qu'il désirait:

 

            -"Une limonade !"

 

            -"OK, je vous l'apporte, un peu de patience, SVP,  cet après-midi c'est infernal !"

 

            Un journal, "la gazette de liège" traînait sur la banquette. Il s'en saisit et prit connaissance des dernières nouvelles. Rien de très nouveau  Wallons et flamands continuaient leur drôle de guerre larvée à coup de décrets, de juridictions aussi fanatiques que partiales de part et d'autre. Cela ne finirait donc jamais!

 

            Un jeune passa tout près de lui; cheveux longs, barbe mal taillée lui donnait un visage de Jésus-Christ. Ses vêtements semblaient tout droit venir d'un ashram indien.

 

            Intéressant ? Où v a-t-il donc ? A ce moment, le garçon arriva avec sa limonade; le jeune hippie l'arrêta et lui posa une question que Ghislain ne comprit pas. L'autre lui répondit en lui désignant une porte située à gauche du comptoir. Aussitôt l'étrange  personnage, sans une hésitation, ouvrit la porte et disparut.

 

            -"Tiens, il y a une réunion de pacifistes ici, risqua Ghislain en tendant vingt francs au serveur.

 

-"Je ne vois pas de quoi vous parlez, Monsieur."

 

            -"Mais ce jeune hippie auquel vous avez montré cette porte ?"

 

      -"Monsieur est bien curieux, ce jeune est simplement un parent du patron et il m'a demandé si son oncle était là

 

-Excusez-moi, mais je m'intéresse énormément à l'idéal des pacifistes et j'espérais en rencontrer ici quelques uns.

 

-Si cela vous intéresse vraiment, laissez-moi votre adresse ou votre numéro de téléphone. Je verrai ce que je peux faire pour vous.

 

 

Ghislain griffonna son adresse  en ayant soin de travestir son nom en Pierre Durant. Le serveur la glissa dans sa poche et, sans plus rien lui dire, le quitta aussitôt.

 

Maintenant, il en était sûr, Richard se trouvait quelque part dans une arrière salle en réunion avec ses amis pacifistes. Et si Solange en était aussi ?

 

Tant pis, le risque en valait la chandelle,  d'un air apparemment dégagé, il se dirigea vers la porte, empruntée quelques instants auparavant par le jeune hippie.

 

Au moment où il mettait la main sur la clinche, il fut interpellé assez brutalement par un individu, genre videur de boîte.

 

-Eh là, où allez-vous comme ça ? C'est privé ici !

 

-Excusez-moi, monsieur, je cherche les toilettes.

 

-Vous vous foutez de moi, regardez-là, la porte juste à gauche ! Qu'est-ce qui est inscrit dessus en lettres comme ça : TOILETTE.

 

-Je n'avais pas vu , j'ai une assez mauvaise vue, vous savez.

 

-OK, 'est bon pour cette fois, mais ne vous trompez plus, je vous le conseille vivement. Son ton était devenu menaçant.

 

 

Ghislain se précipita dans les toilettes, puis, sentant que la situation devenait un peu risquée, il quitta l'établissement puis alla& s'installer en fa&ce &au café des pécheurs devant un moka tout en surveillant  la sortie du "Fond de bouteille" dans l'espoir de retrouver Richard ou mieux Solange .

 

Au bout de trois heures, après son quatrième café, il n'avait vu personne qu'il puisse relier de près ou de loin au monde pacifiste ou hippie et il lui fallut bien, la rage au coeur, reprendre le chemin de la gare.

 

Il allait sûrement ramasser un savon monumental à la maison et il cherche un prétexte pour expliquer son retour tardif de Liège.

 

En parcourant les petites rues louches qui le conduisaient vers les Guillemins, Ghislain eut la désagréable impression d'être observé. Il se retourna deux, trois fois cherchant  savoir si quelqu'un le suivait, mais il ne reconnut personne. Il se rappelait avec déplaisir la manière brusque dont on l'avait écarté de la porte qui menait sans aucun doute  à la salle de réunion du "Fond de bouteille". A croire qu'on se moquait de lui. Et puis, il y avait cette évocation d'une solution radicale pour se débarrasser d'un gêneur, dont il avait été question dans une conversation téléphonique saisie au vol à l'unif. Il avait de bonnes raisons de penser qu'il s'agissait de lui. Il en avait la  chair de poule !

 

 

Ces sombres pressentiments devinrent réalité quand dans l'immense hall de la gare, il reconnut l'homme; précisément celui qui l'avait interpellé si durement tout à  l'heure : il était là à deux pas de lui en train de lire ou de faire semblant de lire "La Meuse"

 

Ghislain essaya de se rassurer; peut-être qu'il attendait simplement son train lui aussi ; il pouvait s'agir d'une coïncidence, rien de plus. Mais plus il se répétait  e raisonnement, plus en même temps quelque chose en lui se refusait à l'accepter.

 

Il voulut en avoir le coeur net et se mit en face de l'homme en le dévisageant d'une façon un peu effrontée. L'autre ne leva à aucun instant le nez de sa gazette ; le haut-parleur annonça l'arrivée en gare du train pour Namur.

 

A regret, Ghislain s'éloigna non sans jeter un regard oblique  sur l'inquiétant barman. Celui-ci lentement replia son journal et se dirigea dan la même direction. La situation se corsait. Allait-il le poursuivre jusque chez lui ?

 

Il fallait agir vite ! Le jeune étudiant, parvenu au sommet de l'escalier mécanique se rua dans la dernière voiture du train qui venait de s'arrêter et se réfugia dans les toilettes. Du vasistas, il pouvait observer le quai sans être vu. Au bout de quelques instants, l'employé du bar arriva lui aussi sur le quai ; il jeta un coup d'oeil sur les voyageurs en partance puis, haussant les épaules d'un ait désabusé, il se retourna et redescendit vers la salle des guichets.

 

Ghislain ne savait pas s'il devait considérer le désintéressement comme un événement heureux ou menaçant ; tout le temps du trajet de retour, il se demanda avec inquiétude où Solange le menait peu à peu.

 

La rencontre de la jeune fille n'était pas un simple épisode de sa jeunesse ; elle en sonnait peut-être le glas, le temps était devenu pour lui de devenir un homme !

 

 

CHAPITRE 5

 

 

Allons, grand paresseux, il est grand temps de te lever, si tu veux avoir ton train. Chantal regardait Ghislain d'un air moqueur à travers la porte entrebâillée.

 

Sept heures déjà ! S'il est une chose que Ghislain détestait c'est de devoir se presser le matin.

 

Il adorait flâner quelques instants, un livre à la main, avant la toilette, déjeunait de trois ou quatre grillées en écoutant avec passion les nouvelles sur trois ou quatre postes différents, totalement sourd aux remarques ou questions qu'on lui posait à ce moment-là, puis après un tiède baiser à sa mère s'en allait calmement vers la gare distante d'un plus ou moins de cinq cent mètres. Il y achetait "La Libre Belgique", journal qu'il n'arrêtait pas de critiquer mais dont il ne pouvait se passer, car il y trouvait l'antidote même de la plupart de ses idées et ce conflit intérieur apaisait son agressivité à bon compte.

 

Mais aujourd'hui, ce schémas  rassurant était exclu. Il n'avait plus que quinze minutes avant de courir à perdre haleine vers la gare et attraper de justesse le sept heures trente cinq, semi-direct vers Liège.

 

Heureusement dans la voiture où il s'est précipité, personne ne le connaissait et il pût récupérer dans un mutisme un peu boudeur un semblant de sérénité tout en feuilletant sans grande conviction son cours d'économie générale.

 

C'est seulement à Huy, que brusquement son humeur changea. Une affiche ventant les mérites d'un yoghourt apportant la forme mais non les formes attira son attention. Le corps séduisant d'une jeune femme, plus que dévêtue, suggérait une bonne santé mais surtout une séduction érotique manifeste.

 

Ghislain détestait c e genre de publicité, mais quelque chose cette fois-ci retint son attention. Le visage un peu en biais du mannequin évoquait en lui des souvenirs récents qu'il avait bien de la peine à concrétiser. Brusquement il sursauta incrédule. Non c'était trop gros ! Pourtant plus il fixait l'affiche, plus ce qui au départ lui avait paru une simple ressemblance, devenait une certitude gênante mais évidente. Il ne pouvait s'agir que de Solange. Non seulement chaque trait de son visage correspondait au souvenir qu'il gardait du visage de la jeune voyageuse, mais, détail plus troublant, son regard souriant semblait le fixer exactement comme dans le train.

 

Il aurait du bondir de joie devant cette piste plus facile à exploiter pour retrouver la jeune fille. Mais la retrouver sur cette affiche de mauvais goût lui semblait une sorte de sacrilège auquel il ne se résignait pas.

Yvan Balchoy

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Mercredi 11 juillet 2007 3 11 /07 /2007 11:26

Voici enfin exprimée la grande ambition de Dostoïevski. Jamais elle ne l'abandonnera, car toujours il gardera la certitude plus viscérale qu'intellectuelle qu'il est possible d'apprendre ce que signifie l'homme et la vie. (25)

 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré toutes les apparences, « il y a tant de grand et de sacré, de pur… en ce monde » (26) Fédor Mikhaïlovitch refusera toujours de donner son adhésion à une doctrine inconciliable avec son optimisme foncier face à la condition humaine. Mais d'autres influences vont s'exercer sur le jeune homme devenu étudiant à l'école militaire, celle du libéralisme occidental et des milieux slavophiles, deux idéologies violemment antagonistes en Russie à cette époque.

 

 

 

 

Durant ses études, le futur romancier entre en contact avec les milieux libéraux. En cette première moitié du XIX ème siècle, le patrimoine spirituel et religieux de la Russie est contesté. L'Idéalisme allemand jouit d'un crédit considérable dans les milieux intellectuels de St Pétersbourg et de Moscou. Après la Natuurphilosophie de Shelling, qui fut à la mode dans les années « quarante » (27), le système Hégélien connaît un grand succès (28)

 

 

 

 

 

 

 

 

La Russie ne se contenta pas d'une imitation servile. A côté de penseurs tels Redkine (1808-1891) et Kriukov, demeurés fidèles à l'hégélianisme traditionnel, un autre courant plus important, influencé lui aussi par l'idéalisme allemand émergea en Russie, décidé à le réinterpréter en fonction du génie russe lui-même. Au sein de ce courant, il convient de citer tout particulièrement les slavophiles qui, marqués eux aussi par la philosophie de Shelling, puis de Hégel on élaboré leur théologie un peu comme les Pères de l'Eglise avaient élaboré  leur théologie en s'inspirant du Néoplatonisme.

 

 

 

 

Khomiakov, chef de file de ce mouvement slavophile, en refondant les thèmes de l'Idéalisme allemand,  crée une théologie orthodoxe originale.(29)

 

 

 

 

Yvan Kireevski dégagea la tendance naturelle du peuple russe à l'universalité sous toutes ses formes. Les slavophiles se distinguaient de plus par un attachement passionné aux traditions religieuses léguées par leurs ancêtres et réclamaient l'ajustement des lois civiles aux lois morales (30). Ils se sentaient mal à l'aide devant l'Etat russe autocratique de l'époque. Ils étaient défenseurs farouches du peuple des moujiks, idéalisé à leurs yeux, ainsi que de la commune (OBSTCHINA) qu'ils opposaient au droit romain de propriété. Ils rejetaient aussi en général la civilisation bourgeoise occidentale qu'ils considéraient comme un danger majeur pour la culture de leur nation/

 

 

 

 

En tout cela, l'école slavophile différait profondément de la tendance dite « occidentaliste », férie, comme son nom l'indique de tout ce qui venait de l'occident. Biélinsky, qui, nous le verrons joua un rôle important dans la vie de Dostoïevski, Bakounine, le célèbre révolutionnaire considéreront l'hégélianisme,un peu assaisonné à la sauce russe, comme une solution à tous les problèmes humains. Cet engouement pour les idées occidental était loin d'être purement intellectuel ; il imprégnait la vie privée jusqu'au domaine des sentiments (31)

 

 

 

 

En dépit de leur hostilité, ces deux tendances savaient aussi des points de convergence. Herzen, occidentaliste convaincu disait : « Nous sommes partis du dieu Janus, au double visage, nous n'avons qu'un amour pour la Russie, mais cet amour a deux aspects. » (32) Loin de s'ignorer les deux partis se fréquentaient assidûment dans les mêmes salons. Il nos est difficile d'imaginer ce climat passionné qui régnait partout. 

 

 

 

 

Cette fréquentation n'était peut-être pas favorable à la pureté des doctrines mais elle leur donnait une vie et un dynamisme exceptionnel.

 

 

 

 

 

 

 

 

Conformément aux exigence de son tempérament, Dostoïevski aborde ces différentes doctrines sou l'angle de l'anthropologie. Il est prêt à adhérer à la doctrine qui lui semblera le mieux exprimer la grandeur de l'homme.

 

 

 

 

Il s'enthousiasme d'abord pour les idées romantiques et idéalistes. Goethe, Hugo, Hoffmann le passionnent ainsi que les grands classiques anciens et modernes : Homère, Shakespeare, Corneille, Racine sans oublier le grand Pouchkine. Mais au-dessus de tous, il place le poète allemand Schiller.

 

 

 

 

 

 

 

 

Frère, tu me dis que je ne connais pas Schiller… Tu te trompes, je l'ai lu… Je pense que jamais le sort n'a tant fait pour moi que lorsqu'il m'a donné de connaître le grand

 

 

 

 

Poète à cette époque de ma vie » (33)

 

 

 

 

 

 

 

 

Autour de lui se forme à l'école militaire un petit cercle où il peut exprimer sa ferveur intime : « sa voix intérieure les galvanisait et les attachait à lui. »(34)

 

 

 

 

Si le jeune homme est déduit pas une certaine poésie philosophique, il reste à l'écart de la pure spéculation. (35) Ainsi il ne se passionne pour aucune philosophie (35) pas même celle d'Hegel alors a sommet de sa renommée.

 

 

 

 

Contaminée par l'idéalisme schillérien, sa foi religieuse de désagrège peu à peu au profit d'un vague panthéisme. « Dieu » ou la « Providence » sont à ce point dépersonnalisés sous sa plume qu'on est tenté de les remplacer par le mot « Destin » (36)

 

 

 

 

Intérieurement il reste anxieux devant une force inévitable à laquelle rien ne peut résister.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le cœur s'enchaîne de liens indestructibles et l'homme perd courage, plie devant le hasard, devant les caprices de son cœur comme devant les ordres du destin : et ce cœur considère la moindre toile d'araignée comme le lien terrible auquel nul ne peut échapper, devant lequel tout plie : ceci arrive lorsque le sort est vraiment un ordre de la Providence, c'est à dire qu'il agit sur nous par l'invincible force de notre nature (37)

 

 

 

 

 

 

 

 

La foi au Christ n'échappe pas à cette sécularisation progressive du sentiment religieux. L'attachement à la personne de Jésus n'est pas mis en cause, mais la dimension transcendante de sa personne tend à disparaître. Il reste encore un homme exceptionnel, un exemple et un stimulant sans égal dans la poursuite de la perfection morale, mais ce n'est plus le Christ de la Foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

« Homère (personnage fabuleux parce que comme le Christ incarné par Dieu et envoyé parmi nous) peut être mis en parallèle seulement avec le Christ et non avec Goethe…Dans l'Iliade, Homère a dressé à tout le monde antique une organisation de vie spirituelle et de vie terrestre tout aussi fortement que le Christ au monde nouveau » (38)

 

 

 

 

 

 

 

 

  A force de se tourner vers l'Idéalisme occidental, Fédor Mikhaïlovitch, ainsi qu'il l'avouera plus tard a bien « perdu le Christ » (39)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net 

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Mercredi 11 juillet 2007 3 11 /07 /2007 10:38

Pour y voir plus clair, il importe, nous l'avons dit de recourir aux écrits non romancés de Dostoïevski. Mais à ce stade se pose un autre problème. Troublés par un certain conservatisme, dans ce type d'écrits,  certains critiques ont rejeté en bloc  cette source littéraire, sans rechercher au-delà de différences ou contradictions parfois évidentes, un point de vue unificateur de l'ensemble de son œuvre. Cette attitude nous semble d'autant plus arbitraire qu'il existe aussi des points communs nombreux aussi entre les deux types d'écrits. Nous pensons que les divergences sont relativement périphériques et que plus on approche « l'idée centrale » de ses œuvres, plus en en remarque l'unité profonde. C'est en se basant sur cette unité complexe que nous pensons qu'il est possible de découvrir comment l'écrivain russe a exprimé en toute son œuvre sa conception de la liberté chrétienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOTES INCLUSES

 

 

 

 

(1) Cf cette étude p.

 

 

(2) Cf cette étude p

 

 

(3) Revue périodique éditée par Dostoievski, où il écrivait e journalise : cf cette étude p.

 

 

(4) F cette étude p.

 

 

(5) « Les Démons » p. 264

 

 

(6) Carnet des « Frères Karamazov » p. 819

 

 

(7) Cf cette étude p.

 

 

(8) Cf Nicolas Berdiaëv : « L'esprit de Dostoïevski » p. 11-12

 

 

(9) Cf cette étude p. et cet extrait des carnets des « Démons » : « Ou bien comme ceci - c'est Chatov qui dit tout sur la Russie, l'Antéchrist et l'action héroïque (c'est mieux, c'est splendide. » p. 912

 

 

10) Parfois la rédaction des carnets ne laisse aucune équivoque. Ainsi dans ce passage des brouillons des « Démons » : « L'idée du prince (au cours de sa conversation avec Chatov) au sujet de l'immense valeur de l'orthodoxie et de sa nouvelle phase. L'influence du concile œcuménique de Pie au Vatican (Tout, Mon opinion sur l'orthodoxie, comme la plus complète et authentique expression de la Russie avec extrême force)

 

 

Même si Dostoïevski dans la rédaction définitive, comme il le fait assez souvent a inversé les rôles en attribuant à Chatov ces paroles, on peut être sûr de trouver ici les convictions personnelles de l'auteur

 

 

11) Ainsi « René Girard dans « Dostoïevski, du double à l'unité » p. 49 : « Le Dostoïevski génial est un Dostoïevski romancier ? Ce n'est donc pas à ses réflexions théoriques mais à ses textes authentiquement et pleinement romanesques qu'il faut demander le sens de la liberté »

 

 

 

 


PREMIERE SECTION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De quelques personnages de Dostoïevski

 

 

 

 

Et d'abord de lui-même

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


CHAPITRE I

 

 

 

 

L'évolution spirituelle de Dostoïevski

 

 

 

 

 

 

 

 

         Ce chapitre n'a pas la prétention d'élaborer une biographie mais a pour seule ambition d'esquisser les grandes étapes de l'évolution spirituelle de Dostoïevski. (12)

 

 

 

 

« Je ne sais pas comment cela se passe chez les autres et je sens que je ne puis être comme tout le monde. Tout le monde pense à une chose puis immédiatement à une autre chose. Moi, je ne puis penser à autre chose. Toute ma vie, j'ai été tourmenté par Dieu » (13)

 

 

 

 

« l'étrange sincérité » qui, au dire même de l'écrivain se dégage de cette confession de l'ingénieur Kirilov dans « Les Démons » a la marque d'une expérience vécue. Dostoïevski a connu le tourment de son personnage. Sa correspondance le confirme. Parlant d'un de ses grands projets littéraires : « La vie d'un grand pécheur », il note en 1870, quelques mois à peine avant la publication des « Démons » : « Le problème principal qui sera posé dans toutes les parties de l'ouvrage sera celui qui m'a tourmenté consciemment et inconsciemment pendant ma vie ; l'existence de Dieu » (14)

 

 

Pourquoi cette souffrance insatiable ? Il ne semble pas qu'elle soit due à l'impossibilité pour l'écrivain de découvrir une preuve de Dieu irréfutable qui fermerait la bouche à tous les incroyants.

 

 

Dostoïevski s'intéresse avant tout à Dieu en tant qu'il est la clé des énigmes d'ici-bas et tout particulièrement de la condition humaine au prise avec le scandale de la mort et de la souffrance.

 

 

         En cela, le romancier russe rejoint les préoccupations et l'esprit de son siècle où, comme lui-même le fait remarquer : « les socialistes et les athées… ne s'occupent pas tant de la réfutation scientifique et philosophique de l'existence de Dieu, mais nient plutôt de toutes leurs forces la création et la signification religieuse du monde (15)

 

 

Inutile de souligner en notre époque de sécularisation et de désacralisation l'actualité de ce propos..

 

 

La plupart des hommes, il est vrai, croyants ou non, se contentent de solutions toutes faites et relèguent ces problèmes « insolubles et malsains » au tréfonds de leur subconscient, car ces « questions éternelles »sont sources de bien des tourments. Mieux vaut sen désintéresser et mener une vie sans souci, même s elle manque de grandeur. (16)

 

 

Heureusement une petite élite, tenace et courageuse a toujours compris que cette souffrance, née de l'affrontement lucide de grands mystères de l'existence n'était pas un prix trop élevé à paye pour assumer son destin ; elle refuse d'en rester au seul plan sensible et utilitaire qui détourne trop souvent de l'essentiel. Il lui faut aller plus loin ; s'enfoncer dans le mystère de l'être et de la personne jusqu'à se poser la question ultime dont dépendent toutes les autres, celle de Dieu.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

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Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /2007 15:03

 

 

Décidément le temps n'avance pas ; toutes les cinq minutes Ghislain regardait sa montre avec impatience qui le rendait agressif et vindicatif vis à vis de tout le monde à un point tel que son frère Daniel l'avait traité de cactus....

 

 

-"Mais enfin qu'est-ce qu'il fout ?"

 

 

 

 

Trois fois déjà, il s'était rendu à proximité du téléphone, le moulin à café disait dédaigneusement son père, qui traînait sur un amoncellement inimaginable de papiers au bureau. Mais chaque fois à peine avait-il saisi le cornet, qu'il le redéposait le visage songeur. A quoi bon ? Il n'est sans doute pas rentré. Et puis, il le savait par expérience, la mère de Jean-Pierre n'appréciait pas les visites de son fils chez les Mignolet qui lui paraissait provenir d'un milieu inférieur.

 

 

Accouché à sa table de travail, il écoutait à présent les nouvelles on ne parlait que d'un trafic de drogues en accroissement dans toute la Belgique mais surtout à Liège. T oui, il s'en rappelait on en avait discuté à la Fac. Certains étaient "pour" d'autres "contre", ceux qui distinguaient les drogues dangereuses et celles qui ne l'étaient pas ou guère ; un copain lui avait un jour proposé d'un ton faussement léger de "tirer" un coup d'une cigarette "spéciale" qu'il fumait. Ghislain n'appréciait guère le tabac. Il accepta cependant d'avaler une bouffée qui lui parut assez âcre sans plus.

 

 

-" Peuh! C'est du foin...!"

 

 

-"Du foin qui coûte cher, gouailla l'autre, si tu savais, vieux et crachant par terre avec mépris, le gars lui avait tourné le dos....

 

 

 

 

Une main se posa brutalement sur ses épaules, le garçon se retourna avec colère : -"Qu'est-ce qui te prend ? Il suspectait l'intrusion de son frère ou de Chantal mais c'est Jean-Pierre qu'il découvrit derrière lui, un Jean-Pierre hilare et rigolo. Ghislain avait oublié de fermer sa porte à clé, preuve d'un certain énervement. Le grand blondin en avait profité pour se glisser sans bruit jusqu'à la table de travail.

 

 

 

 

 

 

"Imbécile, dis-moi plutôt ce que tu as trouvé rugit Ghislain !

 

 

-     "Mais quelle importance donnes-tu à une rencontre due au hasard, es-tu sûr que le choc ne t'a pas fatigué l'esprit ?

 

 

-    

 

 

Jean-Pierre s'en donnait à cœur joie, s'il aimait faire "enrager" ses amis par tempérament,  il n'en n'était pas moins un gars serviable comme pas un.

 

 

-"Oui je l'ai ton gars, Richard Doutriaux qu'il s'appelle, pas très agréable sa compagnie, tu sais. Il m'a tiré une de ces têtes quand je lui ai rappelé l'accident. Il prétend être resté à Namur ce jour là...Je lui ai parlé de toi, c'est pas difficile de te décrire, avec ton long nez pointu hein !. Il a eu l'air d'abord un peu étonné, comme s'il était un peu au courant puis d'un air franchement furieux : "Je ne vous connais pas, monsieur,  et j'en sais encore moins sur ce long nez, vous m'ennuyez à la fin avec toutes vos questions."

 

 

A ce moment, j'ai remarqué une fraîche cicatrice à son visage et des traces récentes de blessures à son cuir chevelu.

 

 

"Pourquoi niez-vous l'évidence, vous avez plein de traces sur vous de l'accident.

 

 

- Quelles traces ?""

 

 

-"Mais ces cicatrices, bien sûr".

 

 

Fous-moi la paix enfin, on n'a plus le droit de se blesser en moto à présent..."

 

 

Et il m'a plaqué !

 

 

-Es-tu vraiment sûr qu'il était dans le train, Ghislain,  tu ne l'as pas rêvé ou bien ne confonds tu pas les dates ?"

 

 

-"Mais non, je te dis,  il était là... Il parlait sans cesse de la révolution avec  une amie."

 

 

-Oh, c'est un gauchiste ; pour te dire vrai, ça ne m'étonne guère. Il avait l'air, le genre de gens qui parlent de la fraternité universelle mais qui négligent les problèmes de leur région. Je les connais, tu sais, ces cocos-là. A mon avis tu n'as qu'une chose à faire, laisser ce grossier personnage dans son trou...!

 

 

 

 

A part ca, je t'ai apporté les cours d'aujourd'hui que j'ai pris en double, barbant celui de van Zuitenmelk. Tu ne peux pas t'imaginer à quel point ce prof est vraiment l'ennui fait homme et je suis bon de ne pas t'en dire plus. Deux heures de suites à écouter ce raseur avec sa toute petite voix qui débite des banalités à pleurer, Luc et moi on n'arrête pas de se crier d'un bout à  l'autre de l'amphithéâtre des plaisanteries qu'heureusement il n'entend pas car en plus il est sourd comme une taupe."

 

 

 

 

Il y a une semaine Ghislain aurait applaudi à cette critique, aujourd'hui elle lui paraissait presque déplacée, si peu importante à côté du problème qui l'obsédait....

 

 

-"Merci, vieux, je ferai sans doute comme tu dis..."

 

 

 

 

Mais au fond de lui il savait bien qu'il n'en n'était rien, un obstacle avait toujours été à ses yeux un stimulant, il s'en frottait les mains, tandis que Jean-Pierre refermait précautionneusement sa porte après lui avoir donné une poignée de mains du type tenaille... Aujourd'hui, il était trop tard pour agir, mais demain il aviserait...Il en était plus sûr que jamais, il reverrait cette fille et cette fois  il ne la laisserait pas échapper.

 

 

La tête lui tournait un peu en descendant l'escalier. Le grand père sur le tableau du corridor semblait ressuscité pour l'engueuler; Ghislain referma avec soin la porte d'entrée ; c'était sa première sortie, en fraude bien sûr. Madame Mignolet n'aurait jamais accepté de laisser sortir son petit si faible encore... Elle l'aurait couvé si elle avait pu ...

 

 

            A vrai dire, en se rendant à la gare, Ghislain était moins à l'aise qu'il; ne voulait se l'avouer... Il se tenait bien droit, regardait crânement devant lui ; le train de 18h 15 ramenait la plupart des étudiants...Oui, avec un peu de chance il retrouverait Richard... Il titubait un peu et remarqua parmi les passants une lueur d'amusement et de moquerie à son passage. A cette heure on quittait les quais par le tunnel creusé sous la place de la gare ; Ghislain se plaça en haut de l'escalier roulant.

 

 

19 H 45 encore deux minutes  si le train était pour une fois à l'heure.

 

 

A 55 les premiers voyageurs apparurent, courant en montant l'escalier mécanique, puis ce fut la cohue ; une foule compacte qui se laissait hisser au niveau de la rue continuant les bavardages du voyage. Des étudiants, il en passa beaucoup, des chercheurs, des play-boy, des élégants, des hippies, des gens au visage décidé, des mous, des surmenés, certains le saluaient discrètement, il y en eut même un qui se précipita vers lui pour lui serrer les mains avec une joie sincère.

 

 

-"Tiens, vieux, content de te voir, quand est-ce qu'on te revoit à la Fac à Liège ?."..Tout  cela était sympa, mais de Richard pas de trace... Ghislain allait s'en retourner un peu déçu quand au pied de l'escalier... La fameuse serviette verte s'inscrit au fond de sa rétine, son regard remonta sûr cette fois de retrouver... Richard ! Qui au pied de l'escalier leva enfin les yeux.

 

 

-"Richard, tu viens, j'ai à te parler "

 

 

Une contrariété violente traversa le visage du garçon qui, tournant le dos à l'escalier, s'élança dans le tunnel...Ghislain se lança à sa poursuite, il dut d'abord rejoindre l'escalier ordinaire, le descendre, mais parvenu au bout du tunnel, il ne vit plus qu'une  grosse mémère tenant dans ses bras un horrible chiot:

 

 

-"Vous n'avez pas vu un gars aux longs cheveux" - "Wat zeg-je menheer ?"

 

 

Zut, c'était une flamande... Rien à en tirer. Découragé, Ghislain dut bien se convaincre de l'inutilité à continuer sa poursuite, il y avait trois ou quatre sorties possibles... Richard devait déjà être loin.

 

 

            Interminable lui parut le chemin du retour, cette fois c'était bien

 

 

 fini, à quoi bon lutter ainsi contre une chimère... Il se sentait de plus en plus faible, sa jambe lui faisait mal, des tâches multicolores dansaient dans ses yeux... En passant la grille familiale, il dut s'accrocher pour s'écraser titubant contre la sonnette.

 

 

A sa grande stupéfaction sa mère ne le gronda pas

 

 

Ah, te voilà Ghislain, ce n'est pas prudent, tu sais, comment te sens-tu? Je t'ai préparé pour  ce soir un steak-frites colossal."

 

 

Cette seule évocation  suffit à réconcilier le garçon avec la vie, elle redevenait formidable ; à table il retrouva son air sociable en même temps que l'appétit, il se surprit même à discuter ferme le dernier  disque de Brel avec Chantal qui ne l'aimait pas. Ghislain ne l'avait pas vraiment écouté,  à peine entendu au hasard des émissions de variétés à R.T.L., mais son admiration pour le chanteur bruxellois était su passionnée qu'il n'admettait aucune critique.

 

 

 

 

-"Non, tu n'as rien compris au texte, tu ne me diras pas Chantal que c'est de la pure poésie; c'est de l'excellent Brel et la musique alors ? Fantastique cette orchestration de François Rambert."

 

 

            -"Chic, des crêpes, c'était le rite familial du vendredi soir. Ghislain en raffolait et il se servit jusqu'à six fois avant d'accepter, chose rarissime,  de jouer aux "fruits, fleurs légumes" avec toute la famille.

 

 

            En se couchant à onze heures, en dépit de quelques séquelles douloureuses il se surprit à bondir de la façon un peu incohérente qui traduisait sa nervosité extrême.

 

 

            Aucun fantôme ne troubla  cette nuit son sommeil que vint rompre la cloche de l'église voisine à sept heures. Entrouvrant les yeux, il constata avec plaisir que toute gène avait disparu... Ce qui l'étonna le plus c'est qu'il ne sentait plus sa jambe droite ; en la posant sur le sol, il eut un peu peur que la douleur se réveille, mais non, il pouvait facilement appuyer le pied, se tenir debout sur cette seule jambe ; seul un léger picotement lui rappelait la souffrance d'hier.

 

 

            Une page était tournée, il le savait ; demain il retournerait à l'université et poursuivrait ses recherches, il savait que ce ne serait pas tâche facile, mais le mystère qui entourait Nadine le fascinait plus que jamais ; quoi qu'il lui en coûte il allait poursuivre ses efforts et pour commencer retrouver lui-même Richard.

 

 

 

 

            Une petite pluie fine pénétrait à travers le col relevé de son imperméable. La gare du Palais à Liège, déjà maussade au soleil, avait vraiment grise mine face à l'élégant palais des Princes Evêques.

 

 

Ghislain courait presqu'en descendant Place Saint Lambert, puis en empruntant de petites rues noires de monde pour se rendre place Cokerill, siège de l'université. Officiellement, il reprenait ses cours aujourd'hui. En fait, il s'agissait pour lui de retrouver Richard et de ne plus le laisser s'échapper cette fois.

 

 

            Selon ses prévisions, il devait se trouver  e jour-là au local M18 en train de suivre un cours d'économie politique d'un professeur député connu pour ses idées avancées en matière de fédéralisme. Se rappelant les propos bien arrêtés de Richard dans le train sur ce sujet, il espérait bien l'y trouver.

 

 

            Entrant dans l'énorme salle, il écarquilla les yeux, passant posément chaque rangée en revue dans l'espoir de retrouver la silhouette connue. Peut-être Nadine était-elle à ses côtés. Ce serait trop beau !  C'est drôle, il voulait Nadine, mais centrait toutes ses recherches sur Richard. Certes Nadine avait dit lors du fameux voyage qu'elle ne fréquentait que très occasionnellement l'unif, mais pourquoi passer par son ami jaloux qui risquait de lui compliquer la tâche

 

 

            Là à la troisième rangée peut-être ?  I y avait là un gars qui faisait penser à Richard. Ghislain croyait avoir enfin trouver quand brusquement le professeur écrivit un nom propre au tableau. L'auditoire pivota sur la droite pour suivre l'indication donnée. Non, ce n'était pas Richard : de profil le visage était tout différent et il s'étonna même de sa méprise.

 

 

            Tout à coup, une voix le fit sursauter ! Incroyable, celui qu'il recherchait était là, à quelques rangées à sa gauche, en train de discuter avec passion du cours avec son voisin; totalement pris par sa discussion il semblait indifférent à tout ce qui l'entourait, tant mieux !

 

 

            Pas question de se manifester ! Ghislain se tassa légèrement pour mieux échapper au regard de Richard et, rongeant son frein, se força à écouter les propos passionnés du professeur sur un désarmement bilatéral généralisé. En même temps, il continue a de parcourir les nombreuses travées dans l'espoir d'y retrouver cette jeune fille qui le hantait jour et nuit. Mais au bout d'un quart d'heure, les yeux larmoyants à force d'avoir fixé des dizaines de visages, il abandonna sa recherche inutile. Solange n'était pas dans cet amphithéâtre ; une fois de plus, Richard demeurait le seul fil d'Ariane capable de le conduire à la jeune mystérieuse du train.

 

 

            Le cours approchait de sa fin, autour de lui, des étudiants consultaient de plus en plus souvent leur montre, certains rangeaient notes et stylo posément dans leur serviette ; deux rangées derrière lui, une fille fardée comme une star, se leva, obligeant ses voisins à se serrer contre leur banc pour la laisser passer ; au leu de se tourner directement vers la porte de sortie, elle alla directement vers Richard, assis un peu devant elle, lui chuchota quelques mots à voix basse ; le garçon hocha la tête d'un air approbatif, sortit un petit cahier de sa poche et y nota quelques mots avant de serrer vigoureusement les mains de la fille qui cette fois quitta la salle d'un air pressé.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

 

 

 

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Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /2007 15:00

La voiture stoppa doucement.

 

-"Merci beaucoup, Monsieur Désiré, bredouilla le père de Ghislain. Celui-ci se contenta de lui tendre une main molle. Il avait hâte de retrouver sa piaule. Il lui fallut bien entendu, assis dans le meilleur fauteuil du salon, affronter le milieu familial tout en fête, répondre, rappeler pour la énième fois les circonstances de l'accident, se féliciter d'être encore en vie. L'accident avait tué dix personnes - remercier  les parents, voisins et amis de leur présence : il en eut bien vite marre et pour échapper à cette tiédeur écœurante, il ferma les yeux volontairement. On le conduisit, on le hissa presque à sa chambre, mais il ne voulut pas se laisser déshabiller, mettant fermement tout le monde à la porte.

 

Enfin seul ! Seul pour se repaître de ses souvenirs, pour reconstituer bribe par bribe la texture des événements récents ; huit jours déjà, le calendrier mural illustrant une patrouille scoute  en train de laver des voitures en faisait foi. Tout lui revenait peu à peu en tête et se concentrant sur un seul fait ou plutôt une seule personne, Solange. Ce souvenir se mua vite en résolution : retrouver à tout prix la jeune fille dont il reconstituait intérieurement le souvenir vécu. La flamme qui dansait en son regard, la balancement de sa longue chevelure, son corps gracieux qui avait tant désiré tenir en ses bras.

 

Brusquement, il se ressaisit : A quoi bon rêver ? Seule une action rapide lui donnerait quelque chance de retrouver Solange. Celle-ci ne figurait ni dans la liste des morts ni même dans celle plus longue dans celle des blessés. Qu'était-elle devenue ?

 

Il n'avait aucune idée de l'endroit où la jeune fille vivait ? Elle était sans nul doute d'origine étrangère, son accent l'avait trahie ? Se souviendrait-elle encore de lui au cas où il la retrouverait ?  En ne cessant de ruminer ces questions évidemment sans réponse, il eut brusquement une illumination.

 

Le train, voilà la seule piste sérieuse !  Il l'avait rencontrée à la gare. Sans doute était-ce la première fois qu'il la rencontrait, mais n'était-elle pas elle aussi comme lui une navetteuse ?

 

Un coup discret à la porte le fit sursauter.

 

-"Qui est là"? Le ton de la question était tout sauf accueillant/

 

-"C'est moi, vieux pote" ! Ghislain ouvrit la porte à regret. Jean-Pierre se précipita vers lui.

 

-"Mon vieux,  si tu m'avais suivi, hein,... Enfin tu en es sorti c'est l'essentiel. Je t'ai apporté les cours manqués pour t'aider à rattraper ton retard."

 

 

La bonne volonté était manifeste, mais Ghislain avait déjà marre de  ce grand blondin idéaliste. Il avait une envie furieuse de la renvoyer sur le chef. Mais il fallait faire bonne mine, remercier cette bonne volonté énervante à force d'être insistante.

 

-"Tu es vraiment chic, tiens, assieds-toi sur cette chaise, quelle nouvelles de la Fac ? Rien de nouveau ?"

 

-"Non, ton accident est le grand sujet de conversation. Apparemment tu es le seul parmi nous qui as eu des problèmes."

 

-"Mais je n'étais pas seul dans le compartiment, il y avait deux autres jeunes avec moi, un garçon et une fille inconnues tous deux, mais sans nul doute étudiants eux aussi."

 

-"Première nouvelle, ils appartenaient peut-être à une autre université ? En tout cas aucune trace d'eux dans les compte-rendu de l'accident. Peut-être sont-ils sortis indemnes ?"

 

Ghislain ne répondit pas ; il revoyait intérieurement la chevelure sanglante de Richard ; il savait que les blessures même superficielles du cuir chevelu saignent souvent abondamment. Mais il aurait juré pourtant que le garçon était sérieusement atteint.

 

 

Cela ne servait à rien d'engager une discussion byzantine sur l'effet d'une de  ces illuminations qu'il taxait de "miraculeuse". -"Tu sais, Jean-Pierre, tu peux me rendre un grand service"

 

-"Dis-moi seulement c e sera avec grand plaisir."

 

-"Pourrais-tu demain aller te renseigner à la gare. Tu reconnaîtras peut-être le gars dont je te parle...20 ans à peu près, assez bellâtre, des cheveux noirs, un complet impeccable, une serviette, si je me rappelle bien, assez curieuse de cuir vert d'assez mauvais goût à mon avis, mais, tu sais, "de gustibus et coloris non disputatur".

 

-"D'accord, vieux, j'essayerai, mais je ne te promets rien tu sais."

 

 

            Le visage de Jean-Pierre ébaucha une moue significative, tandis qu'à la manière des grands nerveux il se frottait vigoureusement les mains les unes contre les autres...

 

-"Bon, je repasserai demain pour te dire si j'ai fait bonne chasse, je te laisse c e cours, il te donnera une idée de la matière vue hier en chimie, une vacherie de cours, tu sais; rétablis-toi vite, Ciao !

 

 

Feuilletant un roman de Dostoïevski, "Crime et Châtiment",  qu'il s'efforçait de terminer pour la troisième fois, Ghislain savourait le calme profond qui l'habitait. Il souffrait bien encore de quelques courbatures, mais qu'étaient ces petits désagréments à côté de cette joie profonde d'une vie retrouvée. A côté de lui, une grosse mouche bourdonnait et se heurtait sans cesse contre la vitre ; ce bruit qui lui semblait souvent renforcé par le silence ambiant cessa brusquement....Les yeux de Ghislain parcouraient le texte mais son esprit vagabondait ailleurs.

 

Jean-Pierre reviendrait sans doute avec espérait-il la bonne nouvelle : "j'ai retrouvé ton type". Mais il se rendit compte en même temps qu'en fait il n'avait confié aucun message à son copain...Encore moins lui avait-il parlé de Nadine. Pourquoi ? Le savait-il lui-même. En réfléchissant, il ressentit une sorte de gêne : n'était-il pas jaloux, drôlement jaloux d'une fille qu'il ne connaissait nullement... A croire qu'il se voyait déjà un peu vite petit ami de la jeune fille. Et Richard alors ?

 

Non, elle n'était pas sa maîtresse, ça ne pouvait être !  Un camarade tout au  plus. Le baiser que Nadine lui avait donné au moment du choc n'avait rien de passionnel... Non il ne voulait pas, un rictus lui déforma la bouche ; Ghislain voulait la jeune fille pour lui au point d'en vouloir à tous ceux qui de près ou de loin approchaient Nadine. C 'est comme si cette nouvelle vie qu'il avait retrouvée n'avait de sens que si  elle lui donnait cette jeune fille qui avait failli le perdre inconsciemment....Réfléchir, rêver plutôt le faisait transpirer ; Dostoïevski restait ouvert sur ses genoux, un effort d'attention lui permit de rejoindre le jeune Raskolnikov fasciné par sa Sonia. N'était-il pas lui aussi amoureux comme le jeune criminel russe ?

 

Il n'eut pas le temps de se répondre, car un coup violent frappé à sa porte lui révéla que son frère cadet venait le chercher pour le repas familial. Avec une mauvaise humeur qui lui fit secrètement honte Ghislain lui répondit qu'il allait descendre dès qu'il aurait fini...fini quoi il ne le dit pas et n'aurait d'ailleurs pu le préciser. En fait il regrettait d'abandonner ses rêves pour affronter le dur réel et le banal quotidien si bien symbolisé par le creuses conversations familiales.. Tout à l'heure il se trouvait être le centre des conversations et cela l'énervait au plus haut point ; à présent, on semblait presque l'oublier et il en était un peu vexé. Sa fatigue lui donnait heureusement un prétexte pour regagner son antre dès la fin du repas, ce qui ne l'empêcha pas de remonter quatre à quatre les escaliers.

 

Le clocher du beffroi égrenait lentement les douze coups de minuit et Ghislain, malgré sa volonté de dormir, ne pouvait calmer son imagination en délire : ses études, son avenir se mêlaient à des rêveries érotiques ; tout d'un coup il sursauta, on venait de frapper à sa porte ; c'est avec une toute petite voix craintive qu'il répondit : "Entrez !". Il n'en crut pas ses yeux. Nadine en nuisette de nuit venait d'entrer, elle lui tendait les bras, elle se glissait à côté de lui, il la serrait, serrait...et brusquement il se réveilla tout moite et vaseux sur le lit défait, cramponnant son oreiller, ses main tâtonnant quelques secondes avant de saisir draps et couvertures au pied du lit : agrippant une couverture, il s'enroula dedans et s'abandonna cette fois à un silence plus calme.

 

 

 Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

 

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Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /2007 14:52

"Cela va-t-il mieux à présent, vous avez mal ?". Ce second réveil dans la même journée ne ressemblait guère au précédent ; une douleur sourde imprégnait tout son corps. Ses yeux contemplaient tout étonnés la chambre et le lit où il était étendu. Manifestement une chambre de clinique ; l'uniforme de l'infirmière qui lui faisait face en souriant ne permettait aucun doute.

 

"Qu'est-ce qui m'est arrivé ? J'ai tellement mal." et Ghislain d'indiquer maladroitement son crâne, sa nuque toute raide et endolorie, sa jambe droite qui semblait toute tordue.

 

-"Il y a eu un accident de chemin de fer, vous ne vous en souvenez-pas ?"

 

- "Ah oui", ce fut comme une illumination et tout lui revenait en saccade…

 

Jean-Pierre le casse-pieds, Nadine - il en oublia son propre mal - pour ne plus se rappeler que le choc et la rencontre brutale et pourtant si douce avec le corps de la jeune fille. Au fond où était-elle ? Il regarda autour de lui d'un air inquiet à la recherche de sa voisine de train mais non ! Il était seul avec cette infirmière dans cette chambre minuscule toute verte. Tiens, en face de lui le papier sous l'action de l'humidité s'était détaché et on voyait en dessous le gris sale du plâtre écaillé sous un miroir  qui lui renvoyait le visage usé de son infirmière, un évier impeccable brillait en revanche dans la coin à droite juste à côté de la vitre mate à travers laquelle on devinait de la végétation ; dans une petite armoire entrouverte, il reconnut son pantalon bien chiffonné et son veston si fripé que lui-même négligé en son habillement en fut surpris.

 

Mais comment était-il vêtu ? Il dut faire effort, tant cela lui faisait mal, pour tourner la tête pour distinguer cette veste de pyjama jaune qui n'était pas à lui, sa main se glissa sous les couvertures et n'y découvrit qu'un caleçon. Ca alors !

 

Mais donc où était Nadine ? Mademoiselle ne savez-vous pas où est passé ma compagne de voyage, Nadine. Il se rendit compte en parlant qu'il ne connaissait pour ainsi dire rien de la jeune fille pas même son nom de famille. - "Nadine, qui, monsieur ?" - "Bien une très jolie jeune fille qui était dans le train en face de moi."

 

Ghislain voulut répondre mais brusquement le visage de l'infirmière sombra dans une sorte de brouillard. En sombrant dans l'inconscient il eut juste le temps d'entendre la voix inquiète de l'infirmière : "Dormez, monsieur, dormez, ce ne sera rien...."

 

 

Depuis plus de trois heures déjà, Ghislain dormait d'un sommeil lourd et agité ;  à l'écouter se débattre sous les couvertures on devinait toute une fermentation intérieure en cette tête maussade couverte de sparadraps et illuminé de mercurochrome. De sa bouche pâteuse et zezeyante  s'échappaient des mots sans suite."

 

 

"Attention, ça va brûler.... Quelle poitrine...Fous-moi la paix... T'as vu la grosse dame, comique, Hein! ... A quoi ça lui sert de lire son bréviaire..."

 

Mais ce qu'il répétait le plus souvent c'était le prénom de Nadine et chaque fois qu'il le prononçait le visage de Ghislain devenait presqu'angélique pour retourner presqu'aussitôt à son incohérence verbale.

 

 

"Mon petit Ghislain, mon petit Ghislain, tu es vivant ... Vivant, que je suis heureuse ! Tout de noir vêtue, Madame Mignolet, suivie gauchement par son mari et Chantal pour une fois sérieuse envahissait la chambre. Un baiser tout humide vint humecter ses joues. - "Comment te sens-tu ?"

 

 

Le garçon ne répondit rien à ce flot de questions ou plutôt d'interjections ; sa mère n'attendait pas d'ailleurs une réponse précise, elle voulait simplement manifester ainsi sa joie. Monsieur Mignolet dut faire le tour du lit pour embrasser à son tour son fils en lui murmurant de sa voix sourde presqu'incompréhensible pour un non initié : "T'as eu de la chance, fiston, content de te revoir. Chantal, un peu gênée,  se contenta d'un rapide "Comment ça va Ghislain ?"

 

A présent tous trois parlaient en même temps, se parlaient d'ailleurs plutôt qu'ils lui parlaient. La tête de Ghislain redevint douloureuse, il eut envie de les renvoyer mais une sorte de pudeur le retint. Il se contenta de fermer les yeux et peu à peu la conversation bruyante s'estompa en sa tête comme un transistor dont on diminue le volume; finalement il n'y eut plus qu'un murmure de plus en plus lointain puis le silence.

 

"Tiens, mais il a perdu connaissance, c'est terrible !  Madame Mignolet cherchait nerveusement la sonnette mais Chantal l'interrompit avec force : "Mais non, Maman,  tu te fais de la bile pour rien, il s'est endormi tout simplement. Avec son pessimisme habituel, le père de Ghislain sortit et se précipita sur une infirmière qui calmement portait une PANE ? quelque part. "Mademoiselle, venez vite, mon fils ne va pas bien". Sans s'énerver la bonne dame vint jeter un coup d'oeuil..."Mais non, il vaut mieux le laisser dormir, revenez plus tard, cela ira sûrement mieux.

 

 

La tête de Ghislain tournoyait un peu dans la deux-chevaux qui le ramenait à la maison. "C'est drôle", cette vallée qu'il connaissait si bien, il avait l'impression de la découvrir, tant il était heureux de la retrouver aussi intacte que lui. Le voisin ne disait rien. C'était un homme assez grand à la chevelure abondante coiffée en brosse, les épaules un peu voûtées. A l'avant, à la place "du mort" Monsieur Mignolet signalait ça et là une fabrique, un point de vue qui lui rappelait son enfance.

 

Ghislain, malgré sa soif de profiter désormais à fond de la vie ne réussissait pas à échapper à l'engourdissement qui lui rappelait sans  esse les jours passés ; la voiture s'engageait déjà dans les faubourgs de la ville, il pleuvait doucement, les gens se hâtaient pour rentrer chez eux et au fur et à mesure qu'il se rapprochait de sa demeure Ghislain se sentait de mieux en mieux dans sa peau.

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

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Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /2007 19:45

 

 

                     

 

     Mon ami le soleil, grand disque  Tauregard dans le ciel m'a crié :

 

 

     "Ne suis-je pas le plus beau, le plus rayonnant ?"

 

 

     C'est vrai, lui répondis-je, ne voulant pas lui faire de peine. Comment lui expliquer,  qu'en moi c'est la nuit depuis qu'elle est partie...

 

 

   

 

 

      Un peu plus tard, une splendide fleur, mignonne à souhait, m'interpella :

 

 

     "Me vois-tu ? As-tu déjà vu plus merveilleuses couleurs, plus vaporeuse senteur que mes pétales ?"

 

 

 

 

     Bien sûr, ma mignonne, lui chuchotai-je, mais comment lui expliquer que ses trésors me rappelaient les miens disparus depuis peu ...

 

 

   

 

 

      "Ecoute ma musique, me chanta Maître Vent, glissant de vallées en vallées, n'est-elle pas la plus belle ?"

 

 

 

 

     Oui, doux ami, lui dis-je, mais sa musique n'était rien à côté de la voix de ma mie.

 

 

   

 

 

      C'est alors que le grillon me dit doucement:

 

 

     "Ami, ne perds pas courage. Ici il y a peu ... pas de soleil, pas de fleur, pas de musique, je désespérais ... et vois quel miracle aujourd'hui !

 

 

 

 

     Tu vis l'hiver ... Demain ta mie te chantera l'été ...

Yvan Balchoy

balchoy@belgacom.net

 

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