Poésie amérindienne : Naomi Fontaine

Publié le 25 Août 2017

Poètesse d'origine innue, née dans la communauté de Uashat dans la ville de Set Iles au Québec.

Elle trouve sa voix dans l'écriture du quotidien de sa réserve natale dans laquelle elle enseigne le français dans le secondaire.

Son premier roman Kuessipan reçoit un bel accueil du public et aussi des médias. Deux extraits de ce livre ci-dessous : 

 

Tu étais chasseur, nomade, survivant. Tu as vieilli, tu as cessé d’abattre
l’épinette, tu as légué tes luttes qui jamais n’ont été perdues. […]
Les gens de la ville disent qu’il faut quitter la baie. […] Eux, la baie ne leur
appartient pas. Mais elle est tienne. Tu refuses de quitter cette parcelle de terre, par défi,
par amour, par fierté. Planté sur tes deux pieds d’Indien, tu résistes, le ventre bourré de
peur, mais avec le courage, le courage très ancien des premiers habitants qui autrefois
ont vaincu le pays.
C’est par cœur que tu connais le nom des rivières et des arbres. Ceux des monts
et des vallées, les plantes qui guérissent et celles qui font mal. Tu peux nommer les vents
et les saisons, les neiges mouillées et les poudreries. Tu connais les bêtes et leurs petits.
[…]
Et elle, elle t’appelle constamment. Cette terre que l’on appelle Nutshimit, avec ses lacs
plantés entre des montagnes, riches des choses de la terre. Lorsque le vent se lève,
quelque chose en toi te presse de partir. […]
Toi, Anikashan. (Fontaine, 2015 : 77-79)